Cette petite cicatrice au bas du ventre presque invisible… mais tellement grande dans mon cœur et dans ma tête

Cette petite cicatrice au bas du ventre presque invisible… mais tellement grande dans mon cœur et dans ma tête

Mon histoire a commencé le soir du 6 septembre 2011 :

J’ai des contractions aux 5 min, j’ai très mal au dos, étant donné qu’on habite loin de l’hôpital, on nous dit à moi et mon mari de nous y rendre maintenant.

Arrivé là-bas, on me met sur le moniteur, le cœur du bébé va bien mais mon travail n’est pas très efficace donc on me dit que je dois retourner chez moi. On me propose un «stripping». Est ce que j’en veux?! Je ne sais pas, c’est ma première grossesse, je ne connais pas cette manœuvre, je me dis, si elle me le propose c’est que ça doit être correct dans les circonstances, donc je lui donne mon accord.

Une fois fait, la personne se retourne vers sa collègue et lui dit «hey! tu sais ce que je viens de faire?» avec un petit sourire moqueur. «Je lui ai fait un stripping» l’autre de lui répondre «pourquoi tu as fait cela?! On est déjà débordé». En effet, j’ai cru entendre après qu’il y avait environ 6-7 mamans qui avaient accouché cette soirée-là, et encore d’autre qui attendaient… alors pourquoi avoir tenté de faire avancer mon travail inutilement?

Nous retournons donc à la maison. Dans la nuit, mes contractions augmentent, aux 3 min environ, grosse douleur. On retourne à l’hôpital, je crois qu’il était environ 1h du matin (donc le 7 septembre). À mon arrivée on me met encore le moniteur, on me dit que mon travail a commencé et qu’ils vont me garder, on me met une intraveineuse (seulement le tube, je ne suis encore relier à rien. Quand elle a eu besoin de me le relier ça faisais tellement longtemps que je l’avais que le sang avait séché et c’était bloqué. Ils ont dû en poser un autre). Interdiction de manger et de boire à partir de maintenant (je n’ai pas mangé depuis déjà plusieurs heures), je vais être la 7e ou 8e à accoucher (je me rappelle pas de tous les chiffres exacts mais je sais que c’était beaucoup). Beaucoup de femmes accouchent en même temps donc je n’ai pas encore de salle d’accouchement à moi, je reste dans la salle des moniteurs.

Les heures passent et je suis enfin transférée dans la salle d’accouchement. Je mentionne à l’infirmière que je dois prendre mon médicament contre les nausées (diclectin), elle me dit que ce n’est pas possible que je n’ai pas le droit de boire de l’eau, donc je reçois une injection de gravol dans la cuisse. C’est plus calme dans la salle d’accouchement, donc on en profite, moi et mon mari, pour se reposer un peu.

Le lendemain matin, j’ai très faim. Mais je n’ai pas le droit de manger, je n’ai droit qu’à des «popsicles». je n’ai pas le droit à l’eau non plus.

Je remarque une porte ouverte dans ma chambre, et je vois un bain, je me dis que ça me ferais du bien pour relaxer mais je n’ai pas le droit d’y aller sous prétexte qu’il n’est pas lavé! On ne m’a pas proposé de prendre de douche non plus…

Plus tard dans la journée, on me dit que ça fait trop longtemps que je n’ai pas manger, donc j’ai le droit à un repas, mon plateau arrive avec… une belle assiette de saumon, alors que je venais de remplir la feuille pour allergies où j’avais indiqué : allergies aux fruits de mers et poissons… Franchement ça commençait à faire beaucoup, je me demandais si quelqu’un quelque part, faisait ce qu’il avait à faire pour moi. Finalement on me commande un sandwich.

Le médecin venait à peine me voir. Il venait 5 min pour me dire qu’il n’avait pas le temps, que les autres femmes étaient plus avancées que moi, donc je devais simplement attendre.

Je n’ai pas été encouragée à marcher ou à bouger, je n’avais pas de ballon d’exercice dans ma chambre, rien… j’avais faim, j’étais fatiguée, j’avais mal aux cuisses à cause des injections.

J’ai reçu plusieurs doses de morphine et fentanyl. Juste après la dose de fentanyl, on a essayé une épidurale. Les infirmières ont dû tenir ma main pour que je signe leur feuille pour l’épidurale. Mon mari n’a pas eu le droit de rester avec moi. Et moi, droguée comme j’étais, je tremblais comme une feuille, je voyais flou, j’étais terriblement mal. L’anesthésiste a essayé 1 fois de poser l’épidurale. Ça faisait tellement mal que je lui ai dit que j’avais changé d’idée mais il a réessayé et réessayé encore. (Il c’était déplacé pour moi dans la nuit, c’Est comme s’il se disait « je suis venu tu vas l’Avoir ») la dernière fois j’ai crié d’Arrêter. L’infirmière lui a dit « ok arrête », il est parti, fâché.

Le médecin est venu me voir et m’a dit (genre de médecin qui se pense mieux que tout le monde) «maintenant que tu as refusée l’épidurale, tu devras faire tout naturel. Si tu finis en césarienne tu seras obligée d’être endormie et ton bébé aura 1min pour sortir, sinon il va mourir.»
Sur le coup je n’ai pas tant porté attention à ses mots… Pour moi, je voulais mon bébé naturel.

Ensuite on m’a mise sur l’ocytocine. J’avais de très grosses contractions, je pouvais à peine respirer. J’Arrachais le moniteur sur mon ventre, on me forçait à rester coucher. Apres plusieurs minutes (qui me parurent des heures) une des infirmières dit à l’autre «hey! Je pense qu’on a mis la dose trop forte… » (Là je me dis encore, est-ce que vous faites votre travail?! Et j’avoue ne plus avoir confiance dans le personnel médical rendu là)

Bon, finalement, on réajuste la dose et ça va plus ou moins mieux. Mais je suis épuisée, tellement épuisée. J’ai mal et je veux que ça finisse. Je pleure pour une césarienne (moi qui n’en voulais absolument pas au départ, je ne voulais pas de médicament, pas d’épidurale, j’aurais tant voulu 100% naturel) là on me répond «ben on ne choisit pas comme ça d’Avoir une césarienne » avec un air hautain (je ne trouve pas que je l’ai tant « choisi » après 2 jours et demi d’enfer. Un moment donné faut que ça finisse!)

Un moment donné après ça, je me souviens d’avoir demandé d’aller à la toilette. On me l’a aussi refusé, en disant que c’était bébé qui poussait. (Mais après tout ce temps, il y avait un pourcentage de chance que j’Ai VRAIMENT envie, et que si j’avais eu l’occasion d’y aller, peut-être que les 1-2 cm qui me manquait auraient peut-être bougé…?!)

Apres on appelle le gynéco, qui mesure mon col et me demande de pousser. J’en étais incapable tellement j’étais épuisée. Il a dit «ok on fait la césarienne». J’ai jamais été aussi soulagée de toute ma vie!

On me prépare et m’apporte au bloc. Rendu là, ma tête se rappelle de quelque chose et je leur dit toute paniquer «mon bébé va mourir, comment vous aller faire, je n’ai pas pris l’épidurale… ». La gentille madame me rassure et me dit «ma belle, on peut te faire une rachianesthésie. On pique, on injecte et on enlève… (Merci cher docteur qui m’a dit de telles horreurs!)

Quand j’ai enfin été « gelée » j’ai juste senti un gros OUFFFFFF (c’Est presque fini).
Le gynécologue arrive et demande aux infirmières si elles ont pris les signes vitaux du bébé. Une répond « pas depuis que nous sommes parti de la salle d’accouchement » donc on les prend et j’entends le médecin dire en anglais (bizarrement je l’ai compris en français! Je me rappelle pas de ses mots anglais) «sortez le kit de réanimation». Une seconde après l’infirmière à côté de moi me bouche les oreilles.

Je suis seule (parmi toute une équipe!), les bras attachés, sur une table d’opération. Je viens d’entendre que mon bébé a probablement quelque chose qui ne va pas. J’ai les oreilles bouchées et je n’entends plus rien… L’enfer, j’ai pleuré, tellement pleuré. J’Avais peur. À la fin je soufrais tellement, que je voulais en finir c’est tout. Je ne pensais même plus a « mon bébé », mon bébé qui souffrait tant elle aussi. L’infirmière me débouche une oreille et me dit «ton mari ne peux pas entrer, bébé doit sortir très vite en urgence». Donc je suis resté seule, à compter les minutes et à regarder l’heure sur l’horloge, à prier pour que mon bébé pleure. C’était tellement long. Je disais «Est-ce que c’est une fille ?» «Est-ce qu’elle pleure ?». L’infirmière me dit « il n’est pas encore sorti » (dans ma tête, ben voyons fallait qu’il sorte de toute urgence?! c’est ben long, ça m’a parue une éternité!) finalement je l’entends, elle pleure! Elle a pleuré en sortant. J’ai tellement pleuré, le déluge!  Enfin c’était fini, et mon bébé allait bien! Mon mari a pu entrer (imaginez sa peur lui aussi!).

Quelques heures plus tard j’ai pu faire du peau à peau avec ma fille. Je l’ai allaitée et elle est retournée en observation à la pouponnière. Moi J’AI DORMI, comme une grosse marmotte. Je n’ai jamais aussi bien dormi de toute ma vie (j’ai dormi 3h et je croyais avoir fait une nuit entière!).

Ma fille est née le 9 septembre 2011 à 11h49, 2 jour et demi après le début de mes contractions.

Pour ma deuxième grossesse (en juillet 2013) j’ai refusé l’AVAC. J’habitais à environ 1h30 de l’hôpital, mon mari travaillait parfois à 1-2h de la maison. Avec toutes les peurs que les médecins nous ont fait à propos de l’AVAC, on avait l’impression que bébé allait mourir si on le tentait. Je suis restée en salle de réveille 8h après la césarienne parce que je restais «gelée». Je n’ai pas allaité ma fille avant ses 9h de vie (papa a fait du peau à peau tout ce temps). On a eu de grosses difficultés pour le début d’allaitement et ma fille a fini hospitalisé à 10 jours de vie. Elle était déshydratée et faisait une jaunisse. (On a osé dernièrement de me dire « ça n’a peut-être pas un lien avec la césarienne! » bien sûr que non.. sans césarienne j’aurais quand même resté geler en salle de réveille 8h ?!

Aujourd’hui, je suis encore enceinte, une 3e petite fille va venir agrandir la famille, ma dpa est le 7 septembre 2016, exactement 5 ans après mes débuts de contractions pour ma première.

4 mai 2016 – Je demande à rencontrer un 2e gynécologue pour parler de l’AVA2C (accouchement vaginal après 2 césariennes) qui me tiens vraiment à cœur, je regrette de ne pas l’avoir essayé à ma deuxième. Maintenant je suis renseignée au maximum, même plus que toutes les docteurs et infirmières que j’ai rencontrées et qui m’ont regardé comme si j’étais folle. Elles étaient en panique avec leur «trop de risques de déchirure, trop de risques que bébé meurt». Mais quand je demande, quel est le pourcentage de risques, je n’ai que des «euh» en réponse. Personne ne sait quoi me répondre. Quand je demande «et quels sont les risques d’une 3e césariennes ?» on me répond «tu demanderas au gynécologue». Quand j’ai demandé à voir quelqu’un d’autre, le docteur m’a dit quelle me verrait juste vers 36 semaines. Je lui ai dit que j’aimerais la voir plus tôt. Si elle ne veut pas et que ses réponses ne sont pas suffisantes pour moi j’irais voir quelqu’un d’autre.

2 semaines plus tard, le 11 mai, le jour de la rencontre, je suis stressée. Ça fait des mois que je lis plein d’études, que je m’informe auprès des mamans qui ont vécu des AVAC et AVA2C.

La gynéco est un peu sur ses gardes. Elle tente de m’expliquer que la salle d’opération est loin, que s’il arrive quelque chose c’est dangereux, qu’il n’y a pas d’équipe prête la nuit, bref encore toutes des choses basées sur la peur et tout ce que je savais déjà. Je lui dis alors que je ne veux pas un AVAC à tout prix. (Dans ma tête je me disais, ben si mon travail commence très tôt le matin, pourquoi ne pas laisser faire pour voir si j’Accouche vite cette fois ?! l’équipe sera là de jour, on ne peut pas tout prévoir, peut-être ça aurait fonctionné), mais je n’ai pas eu le temps de lui dire, qu’elle me répond, le docteur a écrit sur le papier «la patiente veux un AVAC et si tu l’acceptes pas elle ira ailleurs». Franchement, je ne savais plus quoi dire, je ne voulais pas mon AVAC absolument. Je voulais que pour une fois, quelqu’un regarde MON dossier et me disent pourquoi MOI je ne peux pas avoir un AVA2C (il y a environ 1% plus de risque en AVA2C qu’en AVAC. Pourtant les AVAC sont pratiqués à mon hôpital) donc elle regarde dans mon dossier et me dit

«Wow, on oublie que tu as eu deux césariennes, ici c’Est écrit « Extension was notes on both sides of the incision, extending circumferentially around to the posterior uterine wall » », ce qui veut dire que mon incision pendant la césarienne a déchiré jusqu’à derrière mon utérus. J’aurais pu faire une hémorragie et subir une hystérectomie à cause de cela. Et je viens de l’apprendre 4 ans et demi plus tard.

Tout viens de s’effondrer, je ne pourrais plus jamais (et je n’ai jamais pu d’ailleurs) mettre mes bébés au monde. Je ne pourrais jamais les prendre à la sortie. Mon mari ne pourra pas couper le cordon, on ne pourra pas être au calme et en paix. J’aurais mes bébés attachée sur une table d’opération.

Le chirurgien avait « oublié » de me dire que mon utérus avait déchiré tout le tour. Et de me dire aussi que dans mon cas, je ne pourrais jamais avoir d’AVAC. (Alors qu’à ma deuxième grossesse, on m’avait proposé l’AVAC ?!)

(On a aussi oublié à mon premier accouchement, de me mettre les bas pour la circulation. Et aussi la pompe pour inspirer dedans (j’oublie le nom!) on m’en a parlé en sortant  » as-tu bien inspiré dans ta pompe » euh?! Quelle pompe?!.. Je suis sortie de l’hôpital en ne disant pas la vérité sur mes douleurs au poumon, qui aurait pu être dangereuses je crois..?!)

Je n’ai plus aucune confiance en cet hôpital.

Des amis m’ont demandé « vas-tu demander un autre avis?!, vas-tu continuer tes recherches?! »

Non… Je ne veux pas m’acharner. Mon combat à moi est terminé. Je n’Ai plus envie de cet AVAC. (Je sais que j’aurais pu accoucher normalement à ma première si j’avais eu l’aide nécessaire. Ça, ça restera ma blessure à jamais.)

Je ne pardonnerais jamais aux gens qui ont fait de mon accouchement un enfer, mais je veux tourner la page et je suis assez « zen » pour me dire que ce n’est qu’une naissance. J’ai la chance d’avoir des enfants, ce que certaines personnes n’auront jamais dans leur vie. Leur début de vie et mes accouchements ont été et seront différents que ce que la nature a voulu mais je peux en avoir. Les allaiter, les aimer, les voir grandir.

Et Je me dis, wow… J’aurais pu tout perdre. J’aurais pu devoir arrêter à un bébé alors que je voulais une grande famille. Ma deuxième fille ne serait pas là et ma 3eme ne serait pas dans mon bedon aujourd’hui. Et je veux préparer la venue du bébé dans le calme, pas seulement dans le regret. Elle est là, c’est une bonne nouvelle.

Un jour je serais accompagnante à la naissance parce que les femmes ont besoin et ont le droit d’avoir de bonnes informations. Ça doit changer. J’espère à travers mon histoire que je pourrais en inspirer quelques-unes à faire un AVAC ou à réussir un premier accouchement.

Par contre, ma blessure je la porterais toujours. Cette petite cicatrice au bas du ventre presque invisible… mais tellement grande dans mon cœur et dans ma tête.

Céline


N’hésitez pas à me contacter si vous aussi vous voulez partager un récit de naissance.

signature MamanRebelle

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