Passionnée par le portage ! Et pourquoi pas ?

Passionnée par le portage ! Et pourquoi pas ?

Sur les réseaux sociaux, il y a de plus en plus de groupes dédiés au portage ainsi qu’à la vente/revente/échange de porte-bébés. Avec toutes les photos de porte-bébés qui se partagent régulièrement, il y a aussi plusieurs questions qui reviennent au sujet des prix payés, de la valeur de revente et du nombre de pièces dans une collection, et ce n’est pas rare que le débat s’échauffe rapidement en voyant une maman publier une photo de sa collection de 5-10-15 et+ porte-bébés.

Tentons de démystifier un peu la polémique.

Pourquoi les porte-bébés sont-ils si cher?

La confection de porte-bébés, aussi bien les écharpes que les préformés, est un processus quand même assez complexe qui engendre beaucoup de coûts cachés au grand public. Dans un premier temps, on parle habituellement de matériaux de qualité qui sont, pour la majorité, tous testés et conformes à diverses normes, un processus qui en soi coûte cher et représente une grosse dépense. Pensez à votre compagnie d’écharpe préférée qui a un nouveau design à toutes les 2 semaines? C’est presque certain que chaque nouveau tissu a été tissé, inspecté, testé, mesuré, coupé, cousu, emballé, posté, etc. Chaque étape ayant un coût rattaché. Un tissu de qualité acheté en vrac coûtera déjà un minimum de 20$/m! Les coûts par étapes s’accumulent rapidement pour aboutir à un prix final.

Oui, mais ça n’explique pas les écharpes de 300$ – 400$… 1000$ ?!?

Dans un premier temps, quand on parle de matériaux de qualité, on parle la plupart du temps d’une confection artisanale, comme dans le cas des « tissées main » ou « handwoven ». Une écharpe tissée à la main représente une grosse dépense tant pour les matériaux que dans l’investissement de temps (très important) de la part de la tisserande. Déjà pour une écharpe de 5m, tissée d’une laine d’alpaga filée à la main, on pourrait être rendu à 160$/m et plus. Et l’artisane, elle figure où là dedans? Quand elle compte les heures qu’elle y a mis, en déduisant le coût des matériaux et de son métier à tisser, elle est payée à peu près le salaire minimum, rarement plus.

En dehors des tissées main, ce n’est pas rare de voir des écharpes conçues à partir de matériaux exotiques. Coton, laine, lin, chanvre, on est habituées. Mais si je vous dis « laine de qiviut »? Ou « fibre de vicuña »? Ou même des fils d’or? Des écharpes de luxes avec des fibres rarissimes! Le prix de ces écharpes se paie en conséquence!

En plus des matériaux et du processus même de la confection, parlons d’un concept d’économie de base : l’offre et la demande. Tout comme des souliers ou les sacs à main de luxe, une écharpe avec un design convoité, provenant d’une marque très en demande, vendue en quantité ultra limitée, ça vaut plus cher en soi. Comme dans tous les secteurs du marché libre, un article très en demande aura une valeur marchande plus élevée.

Pourquoi tant de personnes se justifient  de payer un prix si élevé?

Plusieurs porteuses (et au moins quelques porteurs!) comparent leurs écharpes à des œuvres d’art digne d’une collection. Et c’est en effet le bon mot – plusieurs disent avoir une « collection » de porte-bébés, ou un « stash ». C’est généralement là que le débat commence sur les réseaux et que les esprits s’échauffent.

Pourquoi mettre autant d’argent dans une écharpe ou un porte-bébé?

Mais ne l’oublions jamais, le portage est accessible à TOUS les budgets. Certains choisissent d’investir le strict minimum, tout en gardant à l’esprit le confort et la sécurité, d’autres vont développer de véritables collections. Néanmoins, aucune maman ne mérite de se faire critiquer parce qu’elle n’a que le modèle Infantino qu’on lui a donné en cadeau, tout comme la maman avec ses 15 écharpes achetées au prix marchand ne mérite pas de se faire lancer des pierres.

Regardons les autres items qu’on achète pour nos précieux bébés – jouets, meubles, linge, couvertes, couches lavables, poussettes – il y a une gamme importante de prix pour ces items qu’on semble questionner beaucoup moins que la valeur des porte-bébés! Et quand on parle de porte-bébés, on parle quand même d’un item que certaines utilisent à tous les jours, plusieurs fois par jour, possiblement avec plus d’un enfant et souvent pour de longues durées. N’oublions pas qu’il s’agit d’un item pour lequel on mise avant tout sur la sécurité de son enfant. Quand on y réfléchit un tout petit peu, on voit vite la valeur de l’investissement!

Un dernier facteur important à considérer est qu’un bon porte-bébé garde souvent sa valeur à la revente. On ne peut certainement pas revendre nos écharpes à grand profit comme il y a quelques années – les groupes de revente refoulent de plus en plus d’écharpes usagées – mais la revente de porte-bébé, surtout les modèles où la demande est plus importante, promet quand même un assez bon rendement!

Mais pourquoi avoir tant de porte-bébés dans un stash?

J’ai peut-être réussi à démystifier le prix du porte-bébé en lui-même, mais une autre question qu’on voit revenir encore plus souvent est « Pourquoi TANT de porte-bébés? » Sont-ils tous différents? Ont-ils différentes fonctions? Est-ce que tu as vraiment besoin de 12 PBB ? De 20?!? Plusieurs personnes trouvent utile d’avoir plus d’un porte-bébé, d’en avoir de différents types (écharpe/Mei Tai/préformé, mais ils n’ont pas tous la même utilité), de différentes tailles (mais on noue bien différemment avec 3 mètres de tissus qu’avec  5 mètres), de différentes couleurs (oui, mais papa refuse de porter la rose!).

S’il y a un talent que nos bébés ont tous, c’est bien de salir tout ce qu’ils touchent! Donc on voit aussi l’avantage d’avoir au moins un deuxième porte-bébé à utiliser quand le premier est dans le lavage. Possiblement d’en avoir un qu’on laisse dans l’auto. Et là, il se peut que papa préfère le préformé quand maman privilégie l’écharpe. Nous voilà déjà rendu à quatre!

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Mon stash … !

La meilleure comparaison qui puisse nous éclairer là dessus est un exemple que j’emprunte à Arie Ann Brentnall, la Directrice du Canadian Babywearing School. Elle évoque l’exemple de notre « collection » de souliers. La majorité d’entre nous reconnaîtrons que les situations où nous pouvons vivre aisément avec une seule et unique paire de souliers sont assez rares. Je ne connais personne qui n’ait pas au moins une paire d’espadrilles, une paire de bottes d’hiver et une paire de souliers tout-usage : différents outils pour différentes activités. Celles qui se le permettent se retrouveront avec quelques paires de souliers de différentes couleurs, question d’agencer avec leurs habits. Et ensuite, peut-être une paire de bottes de randonnée? Une paire de talons pour les occasions spéciales? Ça s’accumule vite! Enfin, n’oublions pas celles qui ont une garde-robe pleine de 20 paires ou plus… simplement pour le plaisir de collectionner les souliers. Ce qui revient à un point important : chacun son choix, son budget, sa décision.

La revente. Pourquoi des mamans revendent leurs porte-bébés pour plus cher que le prix de vente initial? Quelle audace!

Il y a un peu plus d’un an, ce n’était pas rare de voir des écharpes – les tissées main en particulier – se revendre pour 3x, 4x, 5x le prix initial. C’est un peu moins le cas dernièrement (les collectionneuses se lamentent de la chute du marché de revente). Mais même aujourd’hui, on voit quand même des mamans revendre pour plus cher. Ou revendre la journée même où elles reçoivent le porte-bébé. Et les critiques abondent : « Pourquoi cette maman revends pour plus cher, le porte-bébé que je pouvais à peine me payer au prix initial? Quelle insulte pour celles qui n’ont pas les moyens de le racheter en revente au prix marchand! » On regarde souvent de croche la maman qui revend son écharpe à 2 fois le prix de vente initial, mais on ne connait pas son histoire. Peut-être qu’elle a payé son Uppymama à la valeur marchande elle aussi? Peut-être que sa fournaise l’a lâchée et que la seule façon pour qu’elle puisse payer les réparations d’urgences sont de vendre son Kinderpack pour le meilleur prix possible? Et de toute façon c’est son porte-bébé à elle, et elle a le droit de demander ce qu’elle veut comme prix de vente, un point c’est tout. Si nous commençons à juger ce que les mamans font avec les items qui leur appartiennent, nous n’en finirons pas.

L’argument que nous voyons revenir souvent est « Oui, mais, porter son enfant, on le fait par amour pour son enfant. Que c’est donc grossier de profiter de cette belle expérience pour faire de l’argent. » Mais Ula, la créatrice derrière la marque Tula, elle fait quoi, vous pensez? Et Infantino? Et ErgoBaby? Et Lenny Lamb? Le portage, c’est l’expérience de porter son enfant. La Artipoppe Argus en laine de bison et chanvre organique, c’est l’outil avec lequel bébé est porté, un outil qui se vend, se revend, s’achète et s’échange au gré du marché. Ne jugeons pas trop vite une maman qui a la chance d’avoir cette Argus tant désirée juste parce que nous sommes déçues de ne pas pouvoir se payer la plus belle et la plus douces des écharpes…

Et pourquoi tant d’amertume quand on pose toutes ces questions?

J’ai récemment eu à trancher un débat entre les mamans qui demandaient « Pourquoi tu as tant d’écharpes? » et celles qui répondaient « Pourquoi tu me demandes pourquoi j’ai tant d’écharpes? ». Ce n’est souvent pas la maman qui pose la question qui veut partir le débat, mais c’est inévitable de voir quelqu’un répondre « Et bien moi, je trouve ça épouvantable de dépenser tant d’argent sur un bien tangible. » ou « Si t’as tant d’argent à dépenser, tu pourrais le donner à la charité. » Les jugements refoulent comme dans bien d’autres débats en lien avec le maternage.

Mais n’ignorons pas un fait important. Une maman qui a une grosse collection d’écharpes est très souvent une maman qui a beaucoup d’expérience en portage et qui a sans doute commencé à la même place que toutes celles qui comptaient leurs sous pour acheter leur première Chimparoo. Elle est probablement une porteuse avancée qui a beaucoup de connaissances et de bons conseils à donner. Tout comme les nouvelles mamans représentant la relève des porteuses, les collectionneuses d’expérience représentent une partie importante de notre communauté.

Et moi, si je choisi de pas payer si cher ou si je n’ai simplement pas les moyens, ça me laisse où?

À la même place que celle qui vient de se payer $800 pour son custom tissé main ou $1300 pour la Kokoro. La maman qui porte avec un mei tai Sash de Infantino porte son bébé avec autant d’amour que celle qui le fait avec une Woven Wings en laine de yak. La majorité des gros groupes de portage ont un fichier ou un document sur le portage à plus petit budget. Sur Facebook, le groupe « Canadian Babywearing il y a un fichier « Budget » dédié à la vente des porte-bébés en bas de $100, frais de poste inclus, et les groupes sur la confection des porte-bébés offrent les ressources nécessaires pour se faire un porte-bébé sécuritaire et conforme.

S’il y a un message à retenir de cet article, c’est que le portage est convenable pour tous les budgets.

Un petit mot encore : entre mamans, on se juge tellement sur les choix que l’on fait pour nos propres enfants et c’est tellement triste que ce soit le cas. Pourquoi papa se fait féliciter pour son nouveau système de son, tandis que maman ouvre son colis de fluff mail en cachette? Félicitons-nous, entre mamans, de faire ce choix pour notre famille, peu importe le porte-bébé avec lequel nous le faisons.

Marianne McKinnon, maman passionnée


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