Quand maman est au bout du rouleau

Quand maman est au bout du rouleau

« Je suis inquiète… Je n’arrive plus à prendre soin de moi, je ne mange pas beaucoup, je dors mal et je me sens souvent dépassée ».

« Quoi… mais tu ne travailles même pas. Tu es à la maison avec les enfants et t’as juste ça à faire, relaxer »

 

Ça te dit quelque chose ce genre de discussion? Peut-être que tu l’as eu toi-même avec ta belle-maman ou une ex-collègue qui est déjà retournée travailler trois mois après la naissance de son bébé. Avec tes amies aussi, qui parfois ne partagent pas tes valeurs de maternage de proximité…

La vie de maman est remplie de situations stressantes dès le réveil… Préparer les enfants pour l’école, donner à manger, préparer un lunch, s’assurer que chacun a  bien brossé ses dents et s’habille selon la saison en cours… Au travers de ça allaiter bébé et se changer deux fois à cause des « régurgits » puissants de mini et du bambin qui demande du beurre de peanut et en renverse toute l’huile du dessus! Puis enligner le lavage, le séchage et le pliage, penser à laver la salle de bain car, tu ne sais pas trop comment, mais on dirait qu’une tornade y a déposé des détritus puants en décomposition. Ah! ne pas oublier de rappeler la secrétaire de l’ostéopathe, on devra déplacer ton rendez-vous car tu n’as pas trouvé de gardienne pour prendre la relève, l’homme de la maison étant parti pour trois jours (trois jours infiniment longs!!!).

Ça ce n’est représentatif que de la moitié de ton avant-midi et encore… La journée s’éternise et tu as vécu bien des frustrations, comme attendre au téléphone que la secrétaire daigne te répondre (« votre appel est important pour nous, veuillez rester en ligne pour conserver votre priorité d’appel ») ou encore tu as dû appeler le CAA Québec car ta voiture avait la batterie à plat (oui peut-être qu’un des enfants avait joué avec les pitons de la lumière du plafond?). La vaisselle s’empile : ce soir ce sera des assiettes en plastique non-recyclable, au diable l’environnement t’en peux pus!

Le stress s’accumule et son caractère ininterrompu en fait une cause de maux physiques et psychologiques importante. Tu sais le mal de tête qui te prend à midi moins vingt quand les enfants sont sur le bord d’arriver pour le dîner? Ou encore le bâillement incontrôlable et bruyant alors que justement la secrétaire finit par t’ouvrir la ligne? Hahahaha C’est éprouvant une journée de mère. Quand le petit dernier ne veut pas dormir alors que TOI tu en as tellement envie, il pleure et chigne et finit par hurler son envie de jouer avec les boutons de ta chemise au lieu de bien téter lentement et s’endormir au sein.

 

Définition ou comment reconnaître le burnout

Voyons maintenant ce qu’est un burnout. Une courte définition provenant du livre La fatigue émotionnelle et physique des mères de Violaine Guéritault m’interpelle.

« Le burnout désigne plutôt un état psychologique, émotionnel et physiologique résultant de l’accumulation de stresseurs variés, caractérisés par une intensité modérée et un aspect chronique et répétitif. »

Le burnout n’est pas quelque chose de ponctuel, il se décline dans le temps, il additionne donc plusieurs signes souvent invisibles chez la mère mais oh combien inadmissibles pour la plupart des gens. Comme si le fait d’être maman ne pouvait pas amener ce genre d’éléments qui finissent par épuiser l’individu (la maman ici en l’occurrence mais ça reste la même chose pour une professionnelle sur le marché du travail).

 

Les stades

(j’ai presque envie de dire que c’est comme le cancer, là…)

En fait on pourrait parler de trois stades successifs dans le burnout, peu importe qu’il soit maternel, professionnel ou même familial.

  • Épuisement émotionnel et physique

Absence d’énergie émotionnelle…Tu sais quand tu entends tes enfants se chicaner pour la énième fois, que tu n’as même pas envie d’intervenir faute de ressources internes pour le faire, quand tu te sens vide et paralysée… La torpeur t’envahit car ta nuit passée sur le canapé à tenter de satisfaire le bambin qui a tant besoin de se coller à cause de sa fièvre et qui a tété mille fois sont des événements répétitifs dans tes semaines, tes mois, que dis-je tes années! Tu finis par réagir, mais c’est un ramassis de lassitude de plus à tes journées trop remplies.

  • Dépersonnalisation ou distanciation

L’indifférence s’installe peu à peu. Quand une chicane survient entre les enfants ce n’est plus une question de « je n’ai pas envie d’y aller » mais plutôt de « ça ne me fait rien… ». Pas d’émotions, pas de subtile colère ou de grosse peine, juste une incapacité à réagir. Le sentiment d’urgence n’existe même pas. Tu ne bouges pas tes fesses d’un iota, tu restes là, un peu le regard vide et l’oreille qui fait « la sourde qui a oublié de mettre son appareil auditif ». A cette étape, tu interviens de moins en moins et tu te sens dépassée par chaque événement supplémentaire qui rajoute une couche (de merde) au reste.

  • Reniement des accomplissements passés, présents et futurs, baisse de la productivité

Si tu ne sors pas de ta léthargie, t’en viens à te questionner sur tes (in)compétences de mère. Comment as-tu été cette femme qui se disait bienveillante alors qu’au final tu n’es qu’une emmerdeuse qui n’est même plus capable de penser à quoi que ce soit. Tu n’as pas réussi à être la mère que tu voulais, tu te sens anéantie car tu ne sais pas comment tu réussiras même dans le futur à redevenir la mère idéale que voyais il y a quelque temps.

 

Le « capital énergie »

Les responsabilités quotidiennes, le manque de soutien individuel, familial et collectif, le manque de reconnaissance de cette difficulté pourtant bien réelle qu’est le burnout maternel font en sorte que les mères n’osent pas se confier. C’est un sujet tabou que de ne plus être la mère qu’on souhaitait être, de ne plus être en écoute affective avec sa progéniture, de ne plus avoir envie de se lever le matin parce que tout nous pèse…  Le capital énergie diminue et influence alors plusieurs facteurs :

  • La patience
  • La tolérance
  • La résistance à la frustration
  • La capacité à gérer des conflits
  • L’écoute et le calme
  • La résistance physique à la fatigue
  • Le dynamisme
  • La bonne santé (physique et mentale)

 

Comme mentionné au début, cet état des faits n’arrive pas subitement. C’est un cumulatif sur un long terme qui amène les mamans à se sentir dépassées. Le manque de reconnaissance autour des mères est un fait connu de tous. Moi-même avec mes 9 enfants j’avoue ne pas avoir eu la reconnaissance nécessaire en tout temps. J’ai eu des périodes où j’avais envie de me rouler en boule car je trouvais donc que je réalisais plein de belles choses, dont l’éducation des enfants, sans avoir de « merci » de qui que ce soit.

A partir du moment où le travail de mère sera considéré comme un réel travail, il est probable que les croyances sociales évoluent en constatant que le stress lié à ce travail est bien réel et tout-à-fait comparable à n’importe quelle profession. Plusieurs femmes ayant vécu le marché du travail et « être à la maison comme maman » disent que c’est complexe et éprouvant de s’occuper de la marmaille au jour le jour sans avoir la gratitude de ses pairs.

 

Que faire pour ne pas perdre pied?

  • Je dirais que le premier point est de lâcher-prise sur le ménage et les tâches quotidiennes. Juste ça c’est un gros morceau. La maison impeccable n’est pas un bulletin décerné à la mère qui est la plus propre! Et pour y arriver on demande de l’aide : le conjoint en premier lieu et ensuite nos proches. Pour parler de l’équité des tâches, imaginons que l’horaire de la mère soit le même que celui de son amoureux. S’il travaille de 8 à 5 bin la mère convient qu’aux mêmes heures son principal défi est de faire l’éducation des enfants et de leur offrir un milieu sécuritaire et aimant. Donc la plupart des tâches domestiques sont partagées entre le papa et la maman.

 

  • Le désordre et le trop-plein. Bon pour arriver à avoir une maison saine ou presque, imaginons que la plupart des gens ont beaucoup trop de choses dans leur chaumière. On commence par diminuer le nombre incalculable de livres pour enfants, de jouets, de cossins qui traînent pour avoir un environnement plus dépouillé. En partant ça amoindrit le temps de ménage et ça aère l’esprit.

 

  • Quand on a des enfants plus grands on demande une collaboration. Dès l’âge de 3 ans ils peuvent apporter leur linge sale au panier ou ranger les jouets utilisés avant d’en sortir un autre. Plus grands, ils peuvent mettre la table, passer le balai, faire la vaisselle, couper des légumes… Les mettre à contribution leur démontre qu’une famille c’est comme une petite communauté où chacun donne un coup de main pour le bien-être collectif.

 

  • Prendre soin de soi en ayant des sorties, activités, loisirs ou autre… qui nous plaisent. Tsé je ne dirais pas aux mamans de sortir chaque soir mais un bon moment entre amies peut aider à se sortir du cafard. L’activité physique est nécessaire au bien-être mental. Prendre du temps en couple même quand on allaite un mini c’est possible. Mon truc à moi : on installait une table dans notre chambre, on se préparait un bon souper et on mangeait en tête à tête. Ca faisait tellement de bien!!!

 

  • Une saine alimentation fait toute la différence, de plus en plus d’études le démontrent. Donc cuisiner des ingrédients de base des mets simples qui peuvent même se congeler comme des sauces spag, des lasagnes, des soupes, des chilis… Manger plus de légumes, ici on les préfère grillés au four sur une plaque à biscuit. Préparer un gros repas la fin de semaine et en conserver pour les midis moins faciles. Avoir sous la main des pains pitas, de l’humus et du végépâté, un sandwich vite fait c’est délicieux. Ca nourrit notre cerveau et ça l’aide à se garder en forme!

 

Pour en finir…

 

À retenir : le burnout maternel existe. Il touche plus de mères qu’on pourrait le croire mais lorsqu’on en prend conscience dès les premiers symptômes on arrive à s’en sortir sans trop de dommage. Lire sur le sujet (ne serait-ce que quelques pages….) peut nous réconforter sur la légitimité de nos émotions! Se déculpabiliser, normaliser nos émotions et lâcher prise.

 

Nous avons le choix du regard que nous décidons de poser sur notre vie.

Pascale Pouliot, travailleuse sociale, coach familiale

Je suis maman de 9 enfants! Bac en travail social en poche depuis 2010, coach familiale et formée dans plusieurs domaines connexes dont la parentalité positive. Beaucoup d’humour, je suis une femme qui aime partager des idées, ouverte et assurément à l’écoute.  Mes valeurs écolos et axées sur la bienveillance m’aident à me démarquer dans mon domaine.

 


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