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Catégorie : Témoignage

Le jour de ta naissance, 18 juillet 2011

Le jour de ta naissance, 18 juillet 2011

Depuis 3 jours, j’ai des contractions douloureuses et régulières

Le 14 juillet, j’ai fait appeler Andréa (ma sage-femme) car je croyais que le jour de ta naissance était arrivé. Elle est venue nous rejoindre à minuit et finalement tout s’est arrêté. Ce matin, j’avais quand même pas mal de contractions donc je décide d’appeler à la maison de naissance pour savoir qui est de garde. Finalement, ma belle Andréa n’est pas de garde avant 4 jours. Ça me déprime un brin car c’est avec elle que je voulais accoucher.

Je décide donc d’appeler Michelle, la sage-femme de garde, car ça fait un bout de temps qu’on s’est vu et je veux lui donner de mes nouvelles, la mettre au courant de mes dernières périodes de contractions, etc… Elle me suggère d’aller la voir à la MDN. Je l’y rejoins vers midi et elle me fait un stripping entre autres. Elle propose de bien manger pour le dîner et d’ensuite faire une sieste pis que de la rappeler si ça devient sérieux. Je mange comme une cochonne pour le dîner et je me couche.

Je me fais réveiller par des contractions assez douloureuses. Comme tu es placé en postérieur, je m’assois à califourchon sur ma chaise d’ordinateur et je passe l’après-midi comme ça. Quand arrive l’heure du souper, papa m’appelle pour manger mais je n’ai pas du tout faim avec les contractions qui sont de plus en plus rapprochées et douloureuses.

Après le souper, je demande à papa de téléphoner à Michelle. Elle vient nous rejoindre à la maison à 17h40. Papa va aussi chercher Lisa, notre voisine, pour s’occuper de tes grands frères. Comme ça, ils sont tout près quand même, jouant dans la cour voisine de la nôtre. Je les embrasse fort et leurs dit à bientôt. Je trouve les contractions difficiles à gérer car elles me font mal dans le ventre et le dos à cause de ta position ma coquine. Michelle demande pleins de choses à papa. Il court pour lui apporter ce dont elle a besoin et pour être là à chaque contraction pour me masser le dos. Je prends les contractions appuyée sur mon bureau, penchée vers l’avant pour essayer de te faire changer de position. On me donne aussi de l’homéopathie pour te faire tourner.

Je demande à papa de téléphoner à Marie-Hélène, notre photographe, car elle est à un bon 40 minutes de route de chez nous et comme ça été très vite pour Pacifique, on ne veut pas prendre de chance. Michelle examine mon col et il est dilaté à 5 cm.

Le jour de ta naissance, 18 juillet 2011 | Cocoon Bien Naître
Crédit photo : Enfant de la mer, photographie

Quand tout commence à être prêt, Michelle me propose d’aller dans le bain. Je m’y installe et j’ai 3 contractions comme les précédentes. Puis, plus rien… pendant un gros 5 minutes. Je commence à avoir peur que tout s’arrête, mais il me semble que c’est impossible. Je sens, je SAIS que c’est la bonne fois.

Et tout à coup commence une contraction épouvantable

Tellement, que je ne sais plus quoi faire. J’étais à quatre pattes dans le bain et je me mets à genoux et je grimpe après les murs de la douche. Les jambes sont sur le bord de me lâcher, je panique littéralement. Je dis à papa que je vais mourir. Mais finalement, elle passe. Je décide par contre de sortir du bain car je ne m’y sens pas bien.

Je retourne dans notre chambre escorté par papa. Il est environ 19 heures et je viens de commencer mon travail actif. Michelle décide d’appeler la deuxième sage-femme. Au même moment, Marie-Hélène la photographe arrive. Je continue à prendre les contractions une à la fois debout appuyée sur un meuble ou accrochée au cou de papa. Mais c’est tellement intense que je me fatigue. Je m’appuie sur le rebord du lit. Martine, la deuxième sage-femme arrive avec son étudiante à 19:30.

Michelle examine mon col, il est dilaté à 6 centimètres. Je change beaucoup de position car aucune ne me soulage. Je demande si on peut crever la poche des eaux car je n’arrive pas à entrer dans ma bulle et c’est extrêmement intense. Elle la crève et elle me dit que le liquide est teinté de méconium. Je suis inquiète un peu pour toi ma petite puce mais ton cœur est bien beau.

3 contractions après la rupture des membranes, je sens mon col s’ouvrir complètement. Quel soulagement! Les contractions sont à leur apogée, je sens l’ouverture toute grande pour que tu puisses enfin naître. Et là je dis aux sages-femmes, je PEUX pousser ?

Je fais 2 poussées à quatre pattes mais j’ai tellement les jambes qui tremblent que je me couche sur le côté sur le lit. Papa est toujours là avec moi, on est ensemble dans ce moment si magique. Et je vois qu’il est tellement content que je puisse pousser à mon rythme. Tu vas arriver d’une minute à l’autre. J’ai commencé à pousser à 19h43 et à 19h48 ta tête est visible. Ça brûle, ça chauffe mais tu es tout près.

À 19h49, tu nais ma toute belle

Et tu es parfaite, toute rose. Tu pousses 3 petits cris de chaton et je te colle sur ma poitrine. Tu es toute petite et toute féminine. Rose-Anne, ma petite fille adorée, je suis tellement comblée d’être ta maman. Ton APGAR est 9-10-10. Tu nous regarde bien dans les yeux. Tu tètes à mon sein comme une championne.

Le jour de ta naissance, 18 juillet 2011 | Cocoon Bien Naître
Crédit photo : Enfant de la mer, photographie

Papa te prends dans ses bras et j’essaie d’expulser le placenta. Rien à faire il ne sort pas. On a tout tenter, différentes positions de poussées, te faire téter. On m’installe un soluté et je reçois 2 médicaments (un en intraveineux et un par le cordon ombilical) mais rien y fait. Je dois prendre l’ambulance pour aller à l’hôpital. Je suis si déçue et triste. En plus, je dois te laisser avec papa pour que Martine fasse ton examen.

Alors papa va chercher tes grands frères chez Lisa pour qu’ils fassent ta connaissance. Ce moment restera un des plus beaux de ma vie; Émile qui resplendit de joie en te découvrant dans mes bras et Pacifique qui te regarde à la fois intrigué et inquiet de tout ce chamboulement. Vous êtes toute ma vie mes amours.

Marie-Douce Fournier-Grondin

Le jour de ta naissance, 18 juillet 2011 | Cocoon Bien Naître
Crédit photo : Enfant de la mer, photographie

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14 mois d’allaitement, je n’aurais jamais pensé me rendre aussi loin

14 mois d’allaitement, je n’aurais jamais pensé me rendre aussi loin

Je n’aurais jamais pensé me rendre aussi loin

Tout d’abord parce que les 3 premières semaines ont été extrêmement difficile. Avant même d’accoucher j’étais persuadé que j’allais faire partie de ces femmes qui ne peuvent pas allaiter par manque de lait. Cette peur est devenu une énorme source de stress pendant la grossesse et à la naissance de ma fille. Quand elle est née j’allaitais en me disant que tout allait bien se passer. Puis vint le temps où on m’a dit qu’elle ne faisait que perdre du poids. Ce fût la catastrophe.

Dans ma tête les seuls mots qui se bousculait étaient : « je n’ai pas de lait ». Je devais donc complémenter ma fille avec des bouteilles remplies du lait que j’avais tiré et des PCN. J’ai dû le faire après chaque boire. L’infirmière me l’exigeait. Elle me disait que ma fille serait hospitalisée si je ne m’y tenais pas. Alors j’écoutais.

J’avais beau avoir la Cadillac des tire-laits double électrique, le maximum que j’arrivais à tirer était 60ml en 1hr de power-pumping. C’était un désastre pour moi. Un échec.

Des conseils sur Facebook

Puis j’ai demandé conseil sur un groupe Facebook dont je fais partie. Un groupe de mamans allaitantes et maternantes. Wow ! Mais quelle bonne idée j’ai eu. Elles m’ont conseillé de faire confiance à mon bébé et à mon bon lait. Et c’est ce que j’ai fait.

Après 3 semaines à me consacrer seulement à ma fille et à mon allaitement, j’ai décidé d’arrêter les PCN que je donnais (en pleurant) à ma petite perle. Et puis ça là, enfin, je retrouvais le bonheur d’allaiter exclusivement ! A mon grand soulagement elle reprenait du poids. J’eu enfin mon congé d’infirmière. La menace d’hospitalisation de mon bébé était enfin écartée.

Frein de langue

Puis arriva les 3 mois d’Ashley ! Ohh la poussée de croissance. Mais si ce n’était que cela… Ma fille commençait à me blesser en tétant. Elle faisait claquer sa langue et aspirait beaucoup d’air. Elle perdait le sein… On me conseilla donc d’aller consulter une IBCLC.

On découvrit alors qu’elle avait un frein de langue postérieur. Nous sommes allés consulter un ORL qui a sectionné son frein. Notre meilleure décision! En quelques jours à peine, plus de claquement et plus de douleur. Je pouvais enfin vivre mon allaitement de rêve et nos moments magiques avec ma fille. C’est si paisible de la nourrir son enfant, d’être collée à elle et d’écouter sa respiration.

Dernièrement j’ai fait appel à une photographe pour souligner nos 12 mois d’allaitement ! 12 mois déjà ! Ça va si vite. On dirait que je n’ai pas vue le temps passer.

14 mois d'allaitement, je n'aurais jamais pensé me rendre aussi loin | accompagnante | cours prénataux
Crédit photo : Renée Ledoux

On me dit que je dois cesser d’allaiter ?!

Malheureusement il y a quelques temps, on m’a annoncé que je devrai cesser l’allaitement. Pourquoi ? Parce que je devais avoir une chirurgie bariatrique. Le médecin et l’infirmière me disait que les 2 n’allaient pas ensemble, qu’ils ne pouvaient pas me garantir la compatibilité des médicaments. Mais ils ne voulaient pas me donner la liste des médicaments que j’aurais à prendre. Puis on me disait que j’allais être trop faible. Ohhh… j’en ai pleuré.

Je ne voulais pas mettre un terme à ces moments-là. Ma fille et moi n’étions pas prêtes à arrêter. Parce que l’allaitement ne va pas juste dans un sens. Il y a un bébé, allaité à la demande, qui demande à boire et du réconfort lorsqu’il en ressent le besoin. Et il y a aussi une maman, qui a besoin de ces moments de tendresse avec son enfant. C’est comme un calmant. Quand ça ne va pas, ça me remonte toujours le moral d’apaiser mon enfant et ça m’apaise à mon tour.

Quand ils m’ont annoncé que je devrai arrêter l’allaitement j’ai paniqué. Je voulais repousser ma chirurgie. Eux m’ont mentionné qu’ils le pouvaient mais de 2 à 3 mois seulement. Sinon je retournais en fin de liste d’attente. J’ai donc pris la chance. Je m’étais dit que j’attendrai 24hrs et que je ne prendrai aucun médicament non compatible ! Ce que j’ai fait finalement. Je n’ai pris aucun narcotique pour la douleur. Seulement mon anticoagulant. Ainsi ‘ai pu continuer de réconforter ma fille avec nos tétés régulières.

Presque 14 mois d’allaitement

Aujourd’hui, à 17 jours post-opératoires, j’allaite encore Ashley. Elle a maintenant 13 mois, bientôt 14, et elle adore autant le bon lait de maman.

Je vise un sevrage naturel et en douceur. Du bel or liquide pour encore longtemps. Nos moments privilégiés ne seront interrompue à la demande de personne.

Allez voir un autre témoignage de Karine : Puis est venue la première tétée …

Karine, Maman d’Ashley


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14 mois d'allaitement, je n'aurais jamais pensé me rendre aussi loin | Accompagnante | Cours prénataux

Être le parent d’un prématuré

Être le parent d’un prématuré

Être le parent d’un prématuré,

 

C’est être à côté de son enfant, tous les jours, et de le voir se battre pour sa vie,

C’est ne pas pouvoir le prendre dans ses bras pour le consoler quand il souffre,

C’est être séparé de lui toutes les nuits et de le laisser aux soins des infirmières,

C’est de craindre, chaque nuit, l’appel de l’hôpital où nous annoncera le pire,

C’est se réveiller la nuit pour appeler l’hôpital, juste pour prendre des nouvelles,

C’est tirer son lait pour son bébé aux 3 heures de jour comme de nuit,

C’est assister à ses multiples épisodes de désaturation et de bradycardie,

C’est voir le personnel médical s’attrouper autour de notre bébé quand ça ne va pas bien,

C’est voir un autre couple pleurer car il vient de perdre son bébé ou d’apprendre une mauvaise nouvelle,

C’est voir notre bébé se faire ré-intuber alors qu’on était en train d’enlever l’oxygène,

C’est être transférer d’urgence vers un autre hôpital parce qu’il a attrapé le pire virus qu’un prématuré peut avoir,

C’est voir le personnel médical impuissant face à certaines situations,

C’est être en état de panique et craindre que notre bébé meure et en faire des cauchemars nuit après nuit.

Être le parent d’un prématuré | Cocoon Bien Naître

Mais c’est aussi …

 

Lui parler et lui chanter des chansons à travers l’isolette,

c’est la voir réagir au son de notre voix,

c’est le bonheur de retrouver notre bébé à tous les matins,

c’est lui changer la couche et prendre sa température à l’heure des soins,

c’est faire de belles rencontres et échanger avec des parents qui vivent la même situation que nous,

c’est rencontrer une équipe médicale merveilleuse qui s’occupe de notre bébé comme si c’était le sien.

Chaque jour est critique et inattendu au NICU, on vit des hauts et des bas, mois après mois, avec de belles victoires et de nombreux échec,

La vie de notre bébé ne tient qu’à un fil.

Tel un funambule, elle peut basculer d’un bord ou de l’autre à tout moment.

Être le parent d’un prématuré | Cocoon Bien Naître

 

Julie Charbonneau, maman de Laura née à 24 semaines de grossesse


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Accompagnante à la naissance

Naître à 24 semaines de grossesse

Naître à 24 semaines de grossesse

Il y a exactement un an, je ne connaissais pas la journée mondiale de la prématurité. Ce que je connaissais jusqu’alors c’était l’anxiété et la peur de te perdre, mon petit bébé. Naître à 24 semaines de grossesse. 

17 novembre 2015

 Ça fait 35 jours que je suis alitée à l’hôpital et que mon utérus se contracte et saigne sans cesse.

Ça fait 35 jours que je suis à risque de te perdre à n’importe quel moment et qu’on se bat ensemble pour aller plus loin dans la grossesse.

Tantôt on me parle d’un placenta prævia, tantôt on me parle d’un décollement placentaire. On m’a même suggéré l’avortement. Il n’y a rien de très clair et on ne sait pas le sort que nous réserve l’avenir. Mais tous sont unanimes, on ne se rendra pas à terme. J’arrive à 23 semaines de grossesse. Chaque jour, chaque heure et chaque minute est un long et dur combat.

Je me suis réveillée le 12 novembre, pour une énième fois, en hémorragie et en contractions. Mais ce matin-là, c’était plus fort et plus douloureux. Le médecin m’examine et me dit : appelle ton conjoint, tu accoucheras aujourd’hui! À ce moment-là, je n’entendais plus rien. Notre monde venait de s’écrouler. Je savais que si j’accouchais maintenant, je te perdais.

On s’est accroché l’une à l’autre et on a décidé de continuer

Papa et grand-maman se relaient à notre chevet parce que l’angoisse est rendue trop grande pour rester seules. J’ai tellement peur de te perdre! En ce 17 novembre, si j’accouche, tu n’as aucune chance de survivre. J’attends avec anxiété notre transfert vers un centre pouvant accueillir les bébés comme toi, extrêmes prématurés. Chaque minute est rendu un cauchemar et je ne sais pas combien de temps nous pourrons encore l’endurer.

Le lendemain, on m’apprend qu’une place nous attend à l’hôpital général juif de Montréal. Le transfert en ambulance s’est bien passé et mon anxiété a baissé d’un cran. Je suis entre de bonnes mains et je me sens un peu plus en confiance pour pouvoir poursuivre cette aventure. Mais j’ignore alors qu’un nouveau choc m’attend dès notre arrivée à l’hôpital.

Au cours de mon examen médical, le médecin me dit : il n’y a presque plus de liquide amniotique. Ça y est, c’est terminé, il y a peu de chance que tu t’en sortes… Depuis combien de temps tu ne baignes plus dans ton liquide? J’en ai aucune idée, j’ai tellement perdu de sang! Ou était-ce plutôt du liquide amniotique?

Naître à 24 semaines de grossesse | Cocoon Bien Naître

23 semaines et 1 jour de grossesse

On me parle de 30 % de chance de survie. Et dans quelles conditions? Tout se bouscule dans ma tête. Papa m’a rejoint rapidement, il est aussi paniqué que moi. On doit faire des choix, là, maintenant : césarienne, interventions ou non, etc. On a attendu de rencontrer l’obstétricienne et le néonatalogiste pour y voir un peu plus clair. Heureusement, Ils nous ont rassurés et nous ont même dit que tu pouvais vivre encore plusieurs semaines sans liquide. Mais il fallait absolument se rendre le plus loin possible. Wow! C’est encore possible? Quelle merveilleuse nouvelle! Ouf! Une chose de moins sur laquelle angoisser…

On est prêt à aller au front, tassez-vous de là! Pis on pourra prendre d’autres décisions plus tard, selon ton état de santé à l’accouchement. Nous n’avons aucune idée de ce qu’est la prématurité, mais pour moi l’important c’est ta survie, pour le reste, on verra plus tard.

Les jours suivants furent plus difficiles

Plus ça va et plus je sens que mes réserves physiques et mentales s’amoindrissent. J’ai reçu des injections de Bétaméthasone pour aider la maturation de tes poumons? J’ai passé ma nuit à recevoir du sulfate de magnésium pour la protection de ton système nerveux. Les contractions, elles, sont de plus en plus fortes et de plus en plus fréquentes. Ton petit cœur commence à avoir des moments de faiblesse.

23 semaines et 6 jours de gestation

23 novembre 2015. Ce fut la journée la plus difficile de notre combat avant ta naissance. Je me sens à bout de force. Sera-t-on capable de poursuivre? Combien de minutes, combien d’heures, combien de jours de plus?

Je finis malgré tout par m’endormir paisiblement cette nuit-là, me donnant un petit regain pour poursuivre cette lutte.

Le calme avant la tempête…

Contractions douloureuses – j’appelle l’infirmière – monitoring – cœur de bébé décélère – on appelle le médecin – échographie – gros hématome derrière le placenta – césarienne dans 30 minutes –

j’appelle mon conjoint …

Ça pousse – je rappelle l’infirmière – sensation de quelque chose qui lâche – on rappelle le médecin – examen vaginal – dilatée à 8 cm

Changement de shift!

L’infirmière qui m’a écoutée pleurer ma vie la veille vient de réapparaître, je m’accroche à elle comme à un petit ange.

Transfert en salle de chirurgie – le médecin tient bébé pour pas qu’il sorte – mon corps s’engourdit – plus capable de bouger – rien ne se passe

Où est le père? Veux-tu qu’on te fasse une césarienne? 

Bébé est à moitié sorti, faites ce que vous pensez qui est le mieux …

On l’endort – Où est le père? Ton bébé s’en sortira pas d’une manière ou d’une autre, on va pousser!

Pour qui elle se prend pour me dire que mon bébé s’en sortira pas, mon bébé est vivant,  je le sais c’est moi la mère!

Je pousse, c’est une fille, soulagement!

Voilà les souvenirs de mon accouchement… Ma fille Laura est née à 7 h 55, le matin du 24 novembre 2015 à 24 semaines de grossesse. Elle pesait 615 g et elle était bien vivante. J’étais maintenant la maman d’une très grande prématurée et j’allais comprendre pendant les mois qui suivirent ce que cela signifiait.

A partit de là ce fut SON combat qui commença pour vivre et respirer. Je ne pouvais que l’aimer et l’accompagner. Comme tous les très grands prématurés, ses premières secondes, ses premières minutes et ses premières heures furent critiques. On ne savait pas si elle allait vivre ou pas.

Les premiers jours puis les premières semaines

Laura a passé 124 jours au NICU (Neonatology Intensive Care Unity) puis 148 jours à l’hôpital avant de pouvoir rentrer à la maison. Il s’est passé 12 heures avant que je puisse la voir pour la première fois, 24 jours avant qu’elle ouvre les yeux, 26 jours avant que je puisse la prendre dans mes bras, 44 jours avant que je puisse la prendre pour une deuxième fois, 45 jours intubée respirant à l’aide d’un ventilateur avant de respirer par elle-même et 58 jours avant de prendre mon sein pour la première fois.

Aujourd’hui, le 17 novembre 2016

En cette journée mondiale de la prématurité, je suis fière d’avoir mené cette bataille avec toi Laura, ma petite prématurée. Ça fait maintenant 42 jours qu’on t’a enlevé ton oxygène, ça fait maintenant 1 semaine que tu bois presque exclusivement au sein et qu’enfin maman ne tire plus son lait, tu commences à manger solide tout seule, tu rampes maintenant sur le ventre et commence à explorer le salon, tu ris aux éclats aux simagrées de ta sœur et tu fais aller ta main en disant tata. Pour nous, c’est une victoire.

Je connais encore parfois l’anxiété et la peur de te perdre, mais maintenant je sais ce que c’est d’être la maman d’une petite prématurée et j’en suis très fière. Ce n’est pas facile, c’est un dur combat, ça prend de la force et du courage, mais surtout beaucoup d’amour.

À tous les parents qui le vivent en ce moment, ne lâchez pas! Vous êtes courageux et plein de ressources enfouies au plus profond de vous. Et vos petits combattants sont plus forts qu’on le pense.

À toutes les infirmières, à tous les médecins, ainsi qu’à toute l’équipe qui a pris soin de Laura, je vous en serai éternellement reconnaissante. Vous faites de réels petits miracles dans notre vie!

Julie Charbonneau, fière maman de Laura née à 24 semaines de grossesse

Naître à 24 semaines de grossesse | Cocoon Bien Naître


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Accompagnante à la naissance

Plongée dans l’aventure de la prématurité

Plongée dans l’aventure de la prématurité

J’ai eu la chance d’avoir 3 magnifiques grossesses. Mes accouchements ont aussi été merveilleux, sans stress, sans péridurale, j’aurais pratiquement pu les accoucher seule dans un champ de patates!!

Ma 4e grossesse s’est  »bien passée » quoique très différente des 3 autres. J’ai eu des maux de cœur constants, mal au dos, de la fatigue extrême etc. Rien d’extraordinaire, ni rien pour m’empêcher de fonctionner, mais quand même… Ça ne ressemblait en rien à ce que j’avais déjà vécu. Faut dire que j’ai vécu mes 3 premières grossesses dans ma jeune vingtaine et que cette fois-ci j’avais dépassé les 30 ans fatidique!!

Forte de ma triple expérience de grossesse/accouchement/allaitement parfaite je ne faisais que raconter ces belles histoires à mon amoureux, qui lui, le vivait pour la première fois. J’étais convaincue que tout allait se passer de la même façon.

GROSSE ERREUR!!!

A 29 semaines (Semaines d’Aménorrhée), je me suis rendu à mon hôpital pour cause de perte d’un liquide qui n’était pas de l’urine. 

Le Doc. pas trop inquiet puisque le premier test est négatif, me fait le test de Fugère (mignon comme nom hein !), me dit qu’il revient dès qu’il a les résultats. Convaincue que j’ai rien de grave, je recommence à m’habiller pour retourner chez moi (Y’é quand même 1 heure du matin).  Le jeune médecin ouvre la porte de la salle d’examen toute grande, en grosse panique et me dit: « NON! Toi tu t’en va à MTL ! Tu perds du liquide amniotique » et il referme la porte!

Figée sur place, je regarde mon amoureux qui me demande: « Ça veut dire quoi ça?!»  Et moi de lui répondre: « J’en ai aucune idée ».

Me voilà plongée dans l’aventure de la prématurité. On m’a accueillie à Ste-Justine à bras ouverts, avec la douceur d’une maman, l’oreille d’une meilleure amie et les informations d’un savant fou.

Les spécialistes m’ont expliquée tout ce qui arriverait à Ma Mini puce si elle arrivait à ce moment-là. Ils m’ont dit qu’ils feraient tout pour qu’elle reste au chaud le plus longtemps possible, que si elle se rendait jusqu’à 34 semaines, elle serait forcée de naitre pour la protéger des infections.

Mais surtout on m’a expliqué que la meilleure chose que j’allais pouvoir faire après sa naissance c’est de lui donner mon lait. Pour moi, ça allait de soi! Je l’avais fait pour son frère et ses deux sœurs, pourquoi pas pour elle?

Ma Mini est née à 30 semaines, elle respirait seule (nous avons été très chanceux). Mon « Petit paquet de 3 livres » n’avait aucun problème de santé à part qu’elle était arrivée trop tôt et qu’elle devait prendre du poids.

1h après sa naissance catastrophique, les infirmières sont venues me voir avec un tire-lait. Un énorme moteur sur roulette qui allait les aider à nourrir ma fille. Parce que voyez-vous, à 30 semaines (SA), Miss Mini n’avait pas encore acquis la succion. Elle devait être gavée!

Alors, me voilà, en larme, les bras vides, mon chum anxieux x 100000, en train de me faire  »traire » le colostrum pour donner à Ma Mini. Je nous vois encore récolter, avec des seringues sans aiguilles, chaque goute de ce précieux liquide et courir les porter en néonatalogie.

J’ai tiré mon lait aux 3 heures avec le moteur sur roulette pendant les deux jours de mon hospitalisation. Dès ma sortie je suis partie en louer un, que j’allais toujours trainer avec moi au manoir Ronald MC Donald (Merci McDo pour l’hébergement presque gratuit!!), chez moi les week-ends, quand j’allais faire le plein d’énergie auprès de mes 3 grands enfants trop inquiets pour leur petite mini sœur.

À toutes les 3 heures, mon lait était extrait (Oui Oui c’est comme ça que je le vivais) pour aider ma fille à grandir. Mon lait était enrichi puis donné par gavage au moyen d’un tube qui passait par son nez jusque dans son estomac.

J’ai trouvée affreusement difficile de ne pas pouvoir lui donner le sein. Il me manquait cette proximité magique que procure l’allaitement.

Puis vers 3 semaines de vie, Miss Mini a commencé à montrer des signes de faim. Elle se tétait les poings et les lèvres!!!

J’ai donc commencé la mise au sein. À ce moment-là, j’étais convaincue que tout allait fonctionner comme avec mes autres amours. Oooooh que j’étais loin de m’imaginer à quel point ça allait être difficile pour nous deux…. Miss Mini n’avait pas assez d’énergie pour téter longtemps, je devais donc être patiente et donner le sein un peu, puis compléter avec son gavage. Certain jour, elle ne voulait rien savoir, elle n’ouvrait même pas la bouche. Ces jours-là, elle était donc gaver et je partais tirer mon lait en pleurs. Je ne comprenais pas pourquoi quelque chose de si naturel ne fonctionnait pas! Je détestais tirer mon lait, je me haïssais de ne pas être capable de nourrir ma fille, je détestais le petite tube de gavage qui la nourrissait à ma place.

Puis Miss Mini a atteint 35 semaines. Plus éveillée, elle avait une meilleure succion et nous avons enfin réussi un allaitement nutritif. J’ai tout de suite adoré ce mot: NUTRITIF!!! Je venais de nourrir ma fille!!!

Bien sûr, ce n’était pas gagné. Nous avons eu de la difficulté à s’adapter. J’ai pleuré, elle a pleuré, on m’a offert de lui donner un biberon pour voir…pour voir si c’était plus facile et dans un moment de faiblesse ou de lucidité j’ai dit OUI! Étrangement ce biberon nous a beaucoup aidées. On dirait qu’elle a compris le principe et  j’ai pu souffler un peu.

Je suis donc retournée chez moi avec Miss Mini lorsqu’elle avait 7 semaines de vie. Je lui donnais le sein et des biberons de mon lait enrichi en calorie pour l’aider à prendre du poids.  Enfin installées chez nous, dans nos choses, nous avons développé une complicité lors des allaitements.

J’ai réussi à lui offrir la même chose que son frère et ses sœurs. Ce moment magique, exclusif, qu’est l’allaitement. Miss Mini a profité de ces moments jusqu’à 6 mois, journée où elle a décidé qu’elle ne voulait plus de ce dernier boire que je gardais que pour le plaisir. Elle a préféré les biberons que tout le monde pouvait lui donner, elle a préféré pouvoir passer ces moments magiques, exclusifs, avec tous ceux qu’elle aime. Papa, Tit homme, Miss D et Miss A, ils en ont tous profité pleinement et moi aussi.

En tout, J’ai tiré mon lait aux 3 heures le jour et aux 6 heures la nuit, pendant 7 semaines. 7 semaines d’enfer ou j’ai détesté mon incapacité à nourrir ma propre fille. 7 semaines à arrêter tout ce que je faisais pour extraire mon lait et le donner par un bout de plastique. 7 semaines à traîner mon tire-lait partout, à courir la nuit dans les corridors du Manoir pour aller porter mon lait dans le congélateur, à pleurer parce que j’aurais donc voulu que ce soit simple.

Le fait est qu’un bébé prématuré n’est pas simple. Rien ne sera comme prévu avec un bébé né trop tôt. Rien ne se passe dans les normes avec un tit’ bébé pressé. L’important c’est de trouver nos normes, notre façon de faire, de fermer nos yeux et arrêter de vouloir être comme tout le monde. Parce qu’avec un mini préma, plus rien ne sera comme tout le monde.

J’ai donné tout ce que je pouvais à Ma petite Mini. Mon énergie, mon temps, mon lait et j’en suis fière! Cette expérience m’a fait comprendre que l’important pour nos bébés est vraiment notre présence. Rien ne doit être pris pour acquis et que chaque maman vit l’allaitement différemment. L’important est de NOURRIR notre enfant!

Miss Kaz


Crédit photo à la Une Amalgame Photographie. Notez que le témoignage et la photo de Amalgame Photographie non pas de lien entre eux.

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Accompagnante à la naissance | Cocoon Bien Naître

Le choix d’un accouchement naturel … ou pas!

Le choix d’un accouchement naturel … ou pas!

Le choix d'un accouchement naturel ... ou pas | Cocoon Bien Naître
©Katia Péchard Photographe *

Lorsqu’on parle de la grossesse, on parle aussi de choix, d’accouchement naturel ou pas. Des complications peuvent toujours survenir malgré tout et on peut ne pas avoir l’accouchement qu’on désire.

Je suis maman de 2 magnifiques enfants. Je dois vous parler avant tout de mon parcourt en tant que maman, qui m’a amené à faire certains choix.

Mon premier accouchement a été tout sauf naturel. À 29 semaines de grossesse, mon médecin m’envoie passer une prise de sang car ma pression n’était pas « belle ». Verdict : protéines dans les urines + plaquettes sanguines basses + pression très haute + enflure = pré-éclampsie sévère avec HELLP syndrome. J’ai dû être hospitalisée et provoquée à 30 semaines et 3 jours. Mon plus vieux à aujourd’hui 2 ans et il est en très bonne santé.

Janvier 2014, j’apprends que je suis enceinte de mon deuxième. Je savais que je n’aurais pas une grossesse totalement normale, mais je voulais l’avoir le plus naturelle possible malgré la situation. Je risquais une pré-éclampsie dans 50% des cas. Le médecin m’a prescrit une « piqûre dans le ventre » et de l’aspirine pour bébé pour éclaircir mon sang. Il m’explique que les médicaments sont là pour limiter le risque mais ne peuvent pas complètement l’empêcher. Il n’existe aucun médicament pour la prévenir et la seule façon d’enrailler les symptômes est de déclencher l’accouchement.

Ma grossesse commence mal. J’ai des saignements de modéré à intensif jusqu’à 20 semaines de grossesse (peut-être plus). A 31 semaines, j’apprends que mon utérus est irritable, je contracte presque tous les jours. Par chance, mon col reste fermé. J’ai des suivis avec le médecin de 1 à 3 fois par semaine, car ma pression joue au yoyo.

Vous voyez le genre de grossesse! De celles où on ne peut rien prévoir… J’aurais voulu avoir un accouchement naturel pour finir ma grossesse sur une meilleure note.

À 39 semaines et 3 jours, j’ai un rendez-vous en GARE (Grossesse À Risque Élevée) Troisième prise de sang dans la même semaine car mes résultats sont de moins en moins beaux. J’avais emmené ma valise au cas où … (Tsé, on ne prend pas de chance). Le verdict : pré-éclampsie légère. Je vais devoir être provoquée! Moi qui voulais un accouchement sans médication.

Je pense que chaque femme a en elle la capacité d’accoucher sans péridurale même si rendu à ce moment-là nous n’y croyons pas ou plus.

L’hôpital où j’accouchais prône l’accouchement vaginal sans péridurale.  Les infirmières étiraient le temps pour que je n’ai pas recours à la péridurale. À ce moment-là, je voulais tout sauf accoucher. J’avais mal mais ce n’était pas insupportable.

Rendu au moment de la poussée, j’étais épuisée mentalement et physiquement. J’avais été mise sur Pitocin à 13h30 et y’était rendu environ 19h. Je me décide à aller prendre un bain. Je précise que j’étais rendu à 5 cm d’ouverture de col, donc je pensais en avoir encore pour longtemps! Rendu dans le bain, les contractions se sont mises à se rapprocher. Environ 20 minutes plus tard, je suis pu capable!! C’est là que je demande ou plutôt ordonne d’avoir la péridurale.

Et oui, j’ai cédé!!

Les infirmières me répètent que je suis capable et qu’elles vont aller chercher un médecin pour m’examiner. Elles sont habituées, beaucoup de femmes accouchent de façon naturelle, beaucoup plus que dans les autres hôpitaux. Je regrette un peu de ne pas avoir eu d’autres aides pour supporter mes contractions. Rien que des encouragements. Avant ce jour-là, je pensais à tord que l’accompagnante à la naissance ne servait à rien, je crois aujourd’hui qu’elle m’aurait beaucoup aidé.

Le médecin m’examine, je suis rendu presque complète. Et oui, le bain m’a fait passer très rapidement de 5 cm  à dilatation complète.

J’ai poussé pendant 1h30 sans arrêt. Je pense qu’il n’y a aucune honte à pleurer et même crier pour se libérer. J’avoue moi-même avoir laissé de temps en temps des sons sortir de ma bouche. J’ai tout ressenti! Les contractions! Je déteste ce mot… Elles m’ont tellement fait souffrir pour pouvoir mettre au monde mon magnifique bébé. La brûlure, lorsque la tête passe. Puis, le corps du bébé qui sort très rapidement. Je me rappelle encore de cette douleur 5 mois plus tard tellement elle était intense. J’aurai aimé que mon conjoint me fasse des points de pression. Je me supportais pu moi-même à vrai dire.

Je me rappelle que le médecin a mis le bébé sur moi tout de suite et on l’a laissé monter au sein.

Je n’ai pas encore vu le sexe du bébé. Il est tout sale, les infirmières ne l’ont pas nettoyé. On l’observe avec mon conjoint et c’est là qu’on voit qu’on a un deuxième petit gars!! Je suis vraiment heureuse. Il a une grosse différence de poids entre mes 2 bébés, Le premier est né à 2 lbs et demi et le deuxième à presque 8 lbs.

J’ai déchiré, mais bizarrement je n’ai rien senti lorsqu’on m’a recousu. Je me suis plus rapidement remise qu’à mon premier accouchement. Par contre, j’ai encore un peu mal lors de mes relations sexuelles presque 5 mois plus tard, mais ça c’est pour une autre histoire.

Si je peux me permettre un petit message pour toutes les futures mamans ou mamans : ne vous mettez pas trop de pression et ne soyez pas déçu de votre accouchement même s’il ne sait pas passé comme vous voulez. Personnellement je n’ai rien pu contrôler de mes deux accouchements, mais aujourd’hui Je regarde mes enfants en écrivant ce texte et je dis merci à la vie de m’avoir offert 2 beaux enfants en santé.

Paméla, maman d’Izack

Je tiens à remercier Paméla pour avoir partagé le récit de son accouchement avec nous.

Et vous? Comment s’est déroulé votre accouchement?

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*Noter que le récit de cet accouchement et la photographie de Katia Péchard n’ont pas de liens entre eux. 

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Accouchement, rencontre d’une jeune femme avec toute sa force intérieure

Accouchement, rencontre d’une jeune femme avec toute sa force intérieure

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©Amalgame Photographie*

Lorsque je suis tombée enceinte, à l’âge de 23 ans. Ma première rencontre médicale me laissa un goût amer. J’ai rencontré le remplaçant de mon médecin de famille, pendant ses vacances, et celui-ci n’a pas ménagé ses préjugés et ses opinions à mon égard. Ce fut pour moi l’élément déclencheur qui m’amena à consulter les Sages-femmes. Avec elles j’ai eu un suivi extraordinaire, rempli d’écoute et de compassion. Je me rappellerai toujours lorsque j’ai dit à ma sage-femme « Quand tu m’accoucheras… » Celle-ci m’a repris immédiatement en corrigeant « Quand je t’assisterai dans ton accouchement… » J’ai su immédiatement qu’elle serait toujours mon égale.

L’accouchement s’est annoncé de manière subite, avec la rupture de la poche des eaux, en fin de soirée. Le travail commença à une cadence folle aux deux minutes. Je suis arrivée à la maison des naissances en panique. Ma Sage-femme m’a accueillie en caressant mon front du revers de la main, me disant de détendre mon visage, ce qui m’a tout de suite apaisée.

Je me suis installée à la chambre pour faire mon nid, mais la douleur était tout simplement insupportable. En fait, tout m’était insupportable. Je marchais de long en large dans la pièce, et même si on m’avait apporté un ballon, un banc d’accouchement, une chaise berçante et tout l’attirail nécessaire, rien n’apaisait la douleur. L’équipe avait même tamisé les lumières et mit une musique douce dans l’espoir me calmer.

J’ai eu besoin d’aller à la salle de bain et lorsque je me suis assise sur la toilette la paix est venue en moi. J’ai fermé les lumières et verrouillé la porte. J’ai caché mon visage dans mes mains et la plénitude est arrivée. Sauf que… un léger toc-toc s’est fait entendre et une voie douce a dit « Cynthia, tu dois déverrouiller la porte, je dois pouvoir te voir… » Mais non, j’avais trouvé mon nid enfin! Elle a insisté doucement et j’ai consenti à déverrouillé la porte. Mais qu’elle n’y entre pas! La porte est restée fermée tel que convenu mais au bout de quelques minutes elle a frappé à nouveau. Elle a réitéré doucement sa demande de me voir, j’ai accepté. La porte s’est entrouverte de quelques centimètres et j’ai vu dans la pénombre son œil qui me scrutait silencieusement. Elle était assise sur le sol, probablement depuis le début. Puis elle est venue gentiment m’évaluer et est ressortie rapidement, me laissant dans le noir, la porte entrouverte à ma demande, dans ma paix. Je suis restée ainsi près de deux heures, la voyant venir me regarder dans la fente de la porte et repartir régulièrement.

Puis j’ai commencé à bouger et on m’a proposé un bain. Ce fut merveilleux, encore plus  confortable  que la salle de bain. La chambre était silencieuse et l’équipe s’approchait de moi à pas feutré. On m’a présenté une stagiaire, à qui je lançais aux 10 minutes l’ordre de diminuer le volume de la musique, ce qu’elle faisait incessamment. Une seule fois, la sage-femme m’a demandé de sortir du bain pour m’évaluer mais ma réaction fût tellement négative qu’elle fit ses examens à même le bain. Je restais 4 heures à y mariner dans un total respect de mes besoins. On m’apportait parfois de l’eau et des fruits, toujours en silence, personne n’osait déranger la paix et la pénombre que j’exigeais.

Puis un son sortit de ma bouche de manière incontrôlable « ça pousse! » disais-je. J’ai demandé à ma Sage-femme comme si elle menait le bal « Que dois-je faire? », En ricanant elle me répondit « Pousse doucement pour te soulager ». Rapidement elle m’évalua et je pu officiellement débuter à pousser, toujours dans le bain. Lorsque la tête du bébé fût sortie, un problème survient. Le bébé était en dystocie d’épaule. Ma poussée était inutile, je m’épuisais. Elle me demanda de sortir du bain, s’attendant à ce que je m’accroupisse au pied, mais non, je me suis élancé jusqu’au lit à environ 6 pieds de là. Je crois que la scène d’une femme tenant la tête de son bébé à demi-sortie entre ses jambes et planant jusqu’au lit a marqué la mémoire de toute l’équipe. À cet endroit, j’ai essayé plusieurs positions, en vain et je terminai sur le dos. Le temps pressait, il devait sortir maintenant! L’équipe m’entoura, je plaçai un pied sur le genou de la Sage-femme principale qui s’affairait à trouver comment dégager le bébé, la seconde Sage-femme et la stagiaire se tenaient à mes côtés, j’entourai mes bras à leurs tailles. Nous comptâmes jusqu’à trois, et en équipe, je poussais de toutes mes forces pendant que la Sage-femme faisait une manœuvre de dégagement. Les deux autres femmes m’encourageaient. J’ai le souvenir que ce bébé est né accompagné par toute une équipe, à 5h28 du matin, un bon 28 Janvier 2009 de tempête.

Cet événement, dans son ensemble, me donne l’impression d’un passage initiatique. La rencontre d’une jeune femme avec toute sa force intérieure, le passage de la jeune femme à la femme. Celle qui a appris à se connaître, celle qui a rencontré la force de la nature, celle qui a vécu un moment unique. Lorsque la Sage-femme déposa le bébé sur ma poitrine, il me regarda droit dans les yeux, dans mon cœur il me disait « bonjour maman ».

Cynthia

#accouchementrespecte


Je tiens à remercier Cynthia pour avoir partagé avec nous le merveilleux récit de son accouchement.

Et vous? Comment s’est déroulé votre accouchement?

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*Noter que le récit de cet accouchement et la photographie de Amalgame Photographie n’ont pas de liens entre eux. 

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Allaitement: ce corps qui refuse de coopérer

Allaitement: ce corps qui refuse de coopérer

Il y aurait bien des façons de débuter ce récit, mon récit, notre récit…

Il y avait plusieurs dénouements possibles à notre histoire, mais celui qui nous appartient m’a profondément touché voire même un peu blessée. Encore aujourd’hui, après nos sept mois d’allaitement, j’ai ce goût amer qui me tenaille.

J’avais pourtant vécu une première «expérience» avec l’allaitement de ton frère. Je me suis ardemment battue, j’ai donné le maximum selon mes connaissances, trop peu élaborées à vrai dire par rapport à ce que je sais aujourd’hui.

À chaque jour, chaque moment, chaque tétée, je ne pouvais pas en profiter pleinement. Mon cœur avait mal, il a encore mal.

Mal de ce corps qui, visiblement, refusait de coopérer.

Un seul souhait m’habitait, que l’histoire ne se répète pas avec toi, mais voilà, c’est arrivé… A l’époque, j’avais attribué l’échec de ce premier allaitement à divers facteurs. Tantôt je croyais que le problème venait de la péridurale, à d’autres moments je pensais que c’était dû à un mauvais démarrage et que je n’avais pas consulté assez rapidement en ostéopathie pour bébé ou avec la consultante en lactation… En aucun cas je ne pouvais attribuer cette incapacité d’allaiter exclusivement à une défaillance physique.

En décembre 2015, je suis devenue maman une seconde fois et c’est le cœur rempli d’amour pour toi, que j’ai choisi une fois de plus de tout donner…Les premiers jours, encore pleine d’endorphines, tout me semblait bien aller. Tu avais presque repris ton poids de naissance et je ne comptais pas les heures. J’éprouvais tant de bonheur. Mais voilà, tu te doutes bien que ce n’était que passager. Tu ne prenais pas assez de poids. Tu pleurais beaucoup, tes selles étaient nombreuses et plutôt vertes, je commençais à m’inquiéter.

On m’a dit que tu ne recevais pas suffisamment de gras de fin de tétée. On m’a dit que je devrais prendre des produits naturels et de la médication pour augmenter ma production lactée. On m’a également donné tout un protocole à faire tous les jours avec mon tire-lait électrique double, un dispositif d’aide à l’allaitement (DAL) pour que tu reçoives plus de quantité de lait…

Allaitement : ce corps qui refuse de coopérer | Cocoon Bien Naître
©Pascale Gauthier Photographe

Et soudain, ce qui normalement est si naturel le devient beaucoup moins. J’ai alors eu cette impression d’être «mécanisée», défaillante, remplaçable.

À chaque tétée je n’étais plus capable de profiter de l’instant présent, je ne prenais plus le temps de te regarder, de scruter tes moindres petites mimiques. Je ne voyais plus le «beau». J’éprouvais tant de difficulté à vivre notre situation. Moi qui avais tant rêvé de ces moments partagés, de ce lien si fort que l’on crée.

J’ai mis un long moment à réaliser que j’étais probablement en train de sombrer, la fatigue ayant raison de moi. Non pas la fatigue d’allaiter, mais plutôt tout ce que je devais faire pour te nourrir pour éviter de te donner le biberon. Ce qui est semblait si facile pour la grande majorité des femmes m’était alors impossible. Je réalisais alors que j’étais face à un corps qui refuse de coopérer, je lui en ai voulu, je m’en suis voulu. Je me suis mise à penser que j’aurais pu faire autrement, que j’avais dû, une fois de plus, loupé quelque chose. Je disais aux autres que j’acceptais la situation, mais je mentais. Je considère aujourd’hui que j’ai «fait avec».

J’ai fini par lâcher toutes ces techniques censées augmenter la lactation. C’était mieux pour mon psychique. J’ai finalement commencé à voir chaque tétée et chaque jour comme une victoire bien à nous, puis j’y ai retrouvé goût. Ce plaisir à te regarder les yeux dans les yeux, le sourire quand s’échappe une toute petite goutte de lait.  J’ai repris goût à ces moments de tendresse, à notre aventure lactée, à cette complicité qui nous unis. Je me suis mise à oublier que mon corps était en quelque sorte « incomplet » et j’ai simplement continué. Persévéré aux yeux de certains, acharné pour d’autres, mais au bout du compte je suis fière d’avoir été au-delà. Au-delà des préjugés, des conseils que je n’avais pas demandés, au-delà de nos difficultés, pour qu’à chaque lendemain, je te donne le meilleur de moi-même.

Pour nous l’allaitement mixte n’a pas été un choix, mais plutôt une nécessité afin de te nourrir suffisamment. Peu à peu, la blessure dans ma tête cicatrise et j’espère qu’il en sera de même pour celle dans mon cœur.

Nous voilà à sept mois d’allaitement, la diversification alimentaire étant amorcée, je garde espoir pour que nos moments de bonheur lacté perdurent. Je garderai à jamais ces souvenirs mémorables qui font partie de notre aventure.

Marie-Pierre Mailhot

Et vous? Avez-vous eu des difficultés avec votre allaitement?

 


Je tiens à remercier chaleureusement Marie-Pierre pour son témoignage, ainsi que Pascale Gauthier Photographe de m’autoriser à vous partager son travail.

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Témoignage : Je n’ai pas eu le temps de m’écœurer de ma bedaine

Témoignage : Je n’ai pas eu le temps de m’écœurer de ma bedaine

Y a des gens qui surfent sur la vie sans problème apparent, qui vivent les hauts et les bas avec la même sérénité. Qui ont foi que ça peut juste aller mieux. Pas moi. Moi je suis du type extra-anxieux. Je n’ai pas foi en la vie. Non pas que je ne veux pas, même que j’aimerais bien : ça me faciliterait tellement les choses. Je n’y peux rien, je suis faite comme ça. Aucun travail sur moi n’ai venu à bout de mon penchant à voir toujours le pire.  Pour contrer ça, je dompte mes peurs en prévoyant tout, en contrôlant mon quotidien, en me contrôlant moi-même. Je ne laisse rien ou si peu au hasard.

J’ai fait la même chose avec ma grossesse. Surtout après avoir déjà vécu une fausse couche à 12 semaines. En  plus, à la première grossesse comme pour la deuxième, il a fallu travailler fort pour qu’un fœtus veuille bien ‘’coller’’ comme on dit! Un petit quatre ans. Quatre ans à se demander si ça va nous arriver un jour.  Puis finalement ça arrive. Le bonheur….presque. S’il fallait perdre ce deuxième bébé, comment je survivrais? Un  douze semaines d’angoisses qui commencent. Docteur, est-ce qu’on pourrait avoir un stéthoscope branché en permanence sur son petit cœur s’il vous plait. Ça me rassurerait tellement. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, je franchis ces 12 semaines critiques sans encombre. Bébé s’accroche, il est là pour rester, « c’t’un tough ».

Malheureusement pour moi, un médecin m’apprend qu’on peut faire une fausse couche jusqu’à 20 semaines. Ça m’en prend pas plus pour embarquer en mode anxiété, en comptant les jours jusqu’à 20 semaines. On me conseille de profiter de ma grossesse…J’essaie, J’essaie. Il me semble que ce serait plus facile si j’avais LA certitude que ça va bien aller jusqu’au bout. Finalement j’y arrive. Une fois passée la vingtième semaine, je frotte ma bedaine qui est maintenant bien ronde avec tendresse, en promettant à mon bébé de toujours faire le mieux pour lui.

Mon monde s’écroule avant d’avoir pu m’écœurer de ma bedaine. Vous savez ces derniers mois avant l’accouchement durant lesquels on se sent comme une baleine, qu’on fait pipi 25 fois par jours mais que juste s’asseoir et se relever de la toilette est un exploit. Ceux durant lesquels on se fait dire de se reposer pendant que c’est encore le temps mais qu’on ne dort pas la nuit. Je parle à travers mon chapeau, ces mois-là, je ne les ai jamais vécus. Je n’ai aucune idée comment on se sent avec une bedaine gigantesque et des pieds éléphantesques. 

À 30 semaines de grossesse, lors de mon rendez-vous de routine, on m’envoi à l’hôpital le plus proche pour des examens approfondis. On soupçonne une pré-éclampsie, protéines dans les urines et haute pression. « Madame à partir de maintenant on considère que vous pourriez accoucher n’importe quand ». Ok et le bébé? « Monsieur pour l’instant on va se concentrer à sauver votre femme, on verra après pour le reste ». Parce que c’est dangereux une pré-éclampsie, le corps réagit mal au placenta, il se détraque complètement. Le foie, les reins, la formule sanguine, la pression, le sang envoyé vers le bébé via le cordon, tout se dérèglent. Dans les pires cas, on voit des convulsions, et dans le temps de nos grands-mères : la mort.

Un enfant sur 10 nait prématurément. Pré-éclampsie, incompétence du col, décollement placentaire, infection, etc. Peu importe la raison, on n’est jamais prêt pour ça et ça fou en l’air tous les beaux projets de frottage de grosse bedaine en extase devant les mouvements de bébé, ceux d’accouchement naturel dans l’eau sans péridurale, aussi ceux de bébé qui revient à la maison après 2 jours, faire dodo coller avec ses parents dans le calme de son chez soi.  Finalement, on vit plutôt des moments d’angoisse à savoir si bébé va être correct et surtout vivant à la naissance.

Une fois que s’est passé, on vit des moments  d’angoisse à surveiller le moniteur et à sursauter à chaque apnée et désaturation. Devant notre petit bébé, minuscule, qu’on ne peut plus protéger, dans la boite en plastique qui est devenue sa maison, sa bedaine. On se sent démuni, inadéquat, si proche et si loin à la fois, surtout les soirs quand on dort à la maison sans son bébé.

C’est là qu’on se dit, et se fait dire, qu’avec un enfant on ne peut rien contrôler. Faut faire confiance, laisser aller, profiter de ce qui passe. Autour de nous, il y a des bébés qui vont mieux, d’autres qui vont très mal. Il y a surtout des parents qui comme nous vivent de grands moments d’angoisse, d’inquiétudes mais aussi de joie et de bonheur. L’unité néonatale devient notre seconde maison, on y créait des liens uniques, temporaires parce que circonstanciels.

On apprend à s’occuper de notre prématuré d’abord, de notre bébé ensuite. Il faut faire attention, elle est fragile et tellement petite : 2.6lbs à la naissance. Elle maintient mal sa température, est hypersensible aux stimuli. Normal, elle devrait être dans mon ventre bien chaud et douillet. On fait du peau à peau aussi souvent que possible mais pas trop non plus, ses réserves d’énergie sont minces. On l’économise. Et puis, ce n’est pas simple avec tous ses fils qui la relient au moniteur, son tube de gavage, son CPAP* pour l’aider à respirer, ses lunettes de soleil pour protéger ses yeux des rayons UV des lampes anti-jaunisse. Un bébé téléguidé comme disait papa.

Durant tout ce temps, un souhait peut encore se réaliser avec un peu de volonté, celui de l’allaitement maternel aux seins. Cette chose à laquelle je tenais tant et que j’imaginais si simple, instinctive, innée. Alors dès le lendemain de la naissance, je tire mon lait. Fatiguée, en douleur, rien ne m’arrête. Je me réveille aux trois heures, sort l’attirail et exprime les quelques millilitres de colostrum que mes seins acceptent de produire sans l’aide d’une petite bouche. Je franchis les quelques mètres qui me sépare de mon bébé, de peine et de misère, pour apporter mon lait à son infirmière. Ça fait mal une césarienne.

 Il semblerait que certaines femmes n’arrivent pas à produire de lait avec un  tire-lait, faute de contact physique avec bébé entre autre. Heureusement, je n’ai pas ce problème. En moins de 2 semaines, je produis deux onces par sein et par tirage, aux trois heures nuit et jour. Je me fais une belle réserve!

Quand vient l’heureux moment des mises aux seins, que bébé va bien, maintient sa température, ne fait plus trop de désaturation, les choses se corsent. Bébé a de la difficulté à prendre le sein, tète mal. Manque de succion. On tient bon, on essaie une fois par jour. Les jours, puis les semaines passent sans amélioration malgré l’aide des infirmières et d’une consultante en lactation. On y arrive finalement avec une téterelle. Après quelques essais quotidiens, je me dis que c’est le grand moment : On coupe les gavages et passe à l’allaitement exclusif. Attention, c’est difficile à gérer pour les seins, il donne à la demande du tire-lait en ce moment pas à la demande du bébé! Tout un ajustement.

Finalement mon monde s’écroule pour une deuxième fois après 72 heures d’allaitement. Bébé est déshydraté, épuisé. Elle n’en peut plus, n’arrive pas à se nourrir suffisamment, perd beaucoup de poids, ça lui demande trop d’énergie. On repasse aux gavages. Fini le sein…pour l’instant.

Je tiens bon encore quelques jours d’essais plus ou moins fructueux. Un allaitement au sein par jour, elle va bien. Plus souvent, elle perd du poids. Elle a maintenant 38 semaines et est encore gavée pour pratiquement tous ses repas. Elle va super bien à part ça. L’alimentation est la seule chose qui nous sépare de son congé. Elle doit être capable de se nourrir autrement que par gavage! À contre cœur, je lui donne son premier biberon….en pleurant. Je pleure encore plus en réalisant que ce n’est pas plus facile pour elle! Diagnostique : Trouble de l’alimentation. Il semblerait que ça arrive assez souvent chez  les grands prématurés. Ils sont gavés depuis leur naissance, ne savent pas reconnaitre les signes de faim et de satiété, sont habitués de se nourrir sans effort.

Pour la garder éveillée lors des boires, on la met en couche, on lui chante des chansons, on la berce, on se promène, etc. Aller ma puce t’es capable, maman et papa veulent que tu viennes à la maison. On y arrive de peine de de misère après deux semaines, durant lesquelles maman continue de tirer son lait en se demandant combien de temps elle va tenir à travailler en double. Bébé boit aux 2-3 heures, maman tire son lait aux 3 heures. Non seulement les nuits sont courtes mais la gestion du temps déjà difficile avec un nouveau-né se complique.

J’ai réessayé à plusieurs reprises de la mettre au sein au retour à la maison. Elle arrivait à téter une fois de temps en temps principalement au boire du soir, elle tétait pendant 1 heure.  Les autres boires, elle tétait 2-3 minutes et ne voulait plus rien savoir. J’ai essayé de compléter au biberon, je trouvais ça beaucoup trop exigeant : 10 minutes de seins, 30 minutes de biberon, 20 minutes de tire-lait aux 2-3 heures. En plus, elle faisait de la confusion sein/tétine.

Aujourd’hui, j’écris ce texte alors que ma puce à 9 mois d’âge réel. Je n’ai pas encore arrêté de tirer mon lait. J’ai diminué à trois fois par jour, la semaine dernière. Je retourne travailler dans moins de trois semaines. Je ne suis pas capable de faire le deuil de mon allaitement, ça été si longtemps la seule chose que je pouvais faire pour elle. Je sais que je lui ai donné le meilleur durant ce temps. Si vous m’aviez dit que je me rendrais jusque-là il y a 9 mois, je ne vous aurais pas cru.

Si j’avais un conseil à donner aux mamans qui passent par-là : Écoutez vos limites et celles de votre bébé.

Si j’avais un conseil à donner aux autres mamans : Ne jugez pas trop vite les mamans qui donnent le biberon.

PS. Toutes les mamans sont extraordinaires, à leur façon – xxx –

Marie-Josée Forget

 

Je tiens à remercier chaleureusement Marie-Josée pour avoir partager avec nous ces moments difficiles afin d’encourager les mamans qui sont dans la même situation.


*CPAP : La ventilation en pression positive continue, ou en anglais CPAP (pour Continuous Positive Airway Pressure), est un mode de support ventilatoire (ou respiration assistée) permettant de traiter certains troubles respiratoires. Elle permet d’améliorer les échanges gazeux et de diminuer le travail des muscles respiratoires.


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signature Maman Rebelle

2 naissances, 1 accouchement

2 naissances, 1 accouchement

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©Amalgame Photographie*

Naissance de Sacha et Côme (Québec)

Quand je tombe enceinte la deuxième fois, nous habitons au Québec (Canada) depuis plus d’1 an. Je suis remplie de bien plus de connaissance et de foi en mon corps de femme. J’ai aimé la naissance de ma fille mais pour moi, si tout se passe bien, il est hors de question que je remette les pieds à l’hôpital pour donner de nouveau naissance. Comme quoi, les connaissances n’empêchent pas la naïveté.

À l’époque nous avons la chance d’habiter dans le secteur d’une maison de naissance et encore mieux de faire parti de son secteur «naissance à domicile». Je téléphone le lendemain du test positif pour être sûre d’avoir ma place. Je veux accoucher dans la douceur de mon foyer. Je ne veux pas quitter les miens même pour 48h. 3 jours plus tard on me confirme mon inscription à la maison de naissance. Une réunion est prévue pour mi-août.

Le jour de la réunion, je commence à avoir de forte douleur dans le ventre. Mais je profite quand même. Nous voulons que notre enfant naisse chez nous mais la maison de naissance est super quand même. C’est un cocon. La réunion terminée, l’inquiétude reviens. Je pense à la fausse couche mais surtout je pense à la grossesse extra-utérine. J’aimerais être rassurée mais un petit tour de 6h dans la salle d’attente des urgences sans avoir vu même l’ombre d’un médecin me décide à lâcher prise.

Quelques jours plus tard, nous partons rejoindre mes parents et des amis en Guadeloupe. Mais arrivée sur place, je n’arrive pas à profiter. La douleur est toujours là. S’il y a quelque chose je veux le savoir. Nous nous rendons donc aux urgences d’une petite clinique. Je suis prise en charge presque tout de suite et on me confie au soin de la gynécologue de garde qui va me faire une échographie. La cause de mes douleurs est simple. Mes ligaments en prennent déjà pour leur grade parce que je n’ai pas un mais deux petits locataires dans mon utérus! Un véritable choc! Je pleure. De joie et de soulagement parce que tout va bien. Mais aussi d’angoisse et de stupeur. De penser à tout ce à quoi je vais devoir renoncer… La gynéco m’explique que ce sont des grossesses plus compliquées mais aussi plus à risque. Elle me dit que j’attends ce que j’appellerai plus tard couramment des « mono-bi ». Mes crevettes se partagent le même placenta mais sont dans deux poches séparées par une fine membrane.

Sur la route du retour de la clinique on réfléchi à comment on pourrait faire. L’idée que je poursuive ma grossesse en France est déjà vaguement évoquée mais ça parait un peu fou pour le moment. Je sais déjà qu’il va falloir que je renonce à mon accouchement à domicile, voir même mon accouchement à la maison de naissance. Au suivi simple par une sage femme aussi… C’est tout un deuil que je dois faire et un regret que je garde encore aujourd’hui.

Au fil des vacances, cette seule solution se dessine de rentrer au bercail pour accoucher. Un peu comme les saumons ou les tortues je ne sais plus très bien. Ça doit finalement être une tradition familiale de naître dans cette maternité qui a vu naître ma première fille ainsi que moi-même. Retour de vacances. La décision est prise. Je suis partagée. Contente à l’idée de revoir mes amis, ma famille. Tellement triste de me séparer de l’homme et de séparer ma princesse de son papa. De vivre cette grossesse seule, tellement à l’opposé de ce que j’avais imaginé.

Retour en France le 16 octobre. L’avion avec mon presque déjà gros bidon et ma poussinette c’est sport. En France, nouvelle écho. Tout va bien. Mais la gynéco n’est pas spécialiste donc elle me réfère à une de ses collègues, appelons là Dr A, qui me suivra jusqu’au bout.

Une écho tous les 15 jours à cause du caractère « mono-bi » de cette grossesse. On s’entend qu’on est bien loin du suivi à la cool que j’aurais voulu. Mais bon adaptabilité, lâcher-prise sont les maîtres mots.

La grossesse se passe sans problème médicalement parlant. De «petits maux» de grossesse comme on dit. Surtout de grosses douleurs ligamentaires. Les mêmes que celles qui m’ont poussé à consulter. Mais de plus en plus douloureuses au fur et à mesure que mon utérus grossi.

Je suis contente de voir arriver l’homme pour les 36sa. Le 6 mars. Il ne repartira plus avant la naissance. En fait il ne repartira plus sans nous cette fois. Le même jour, dernier RDV avec ma gynéco. Mon col a bien évolué, elle part en vacances 1 semaine et pense que je ne l’attendrai pas pour accoucher. Rater. Je l’ai attendu en fait. Bien involontairement cela dit.

La fin est cauchemardesque. Je ne peux plus marcher, ni être assise, ni couchée… Je ne dors plus. Pas peu, non, juste plus du tout… Je suis une loque. Je n’aime pas avoir l’air d’exagérer parce que ce n’est pas le cas. À ce stade je serais allée les déloger moi-même au forceps si j’avais pu (ok là j’exagère !)

A 38+6, on me reprogramme un rdv pour voir l’avancement. Si le col est favorable on déclenche. Grossesse mono-bi encore une fois, les gynécos n’aiment pas trop laisser traîner. Peut être que si je n’avais pas supplié qu’on me déclenche on aurait pu attendre encore un peu… Oui, j’ai supplier car vraiment j’avais atteint, je pense, mon maximum… Finis les rêves de naturel. Je veux que ça s’arrête.

Au rdv « col bien favorable » donc on peut déclencher. L’homme est là, ma fille avec ma mère. 8h c’est parti avec les perfs d’ocytocine de synthèse. Les contractions ne tardent pas à arriver et elles piquent tout de suite un peu plus. La sage-femme est un ange de douceur. Le protocole veut que je sois sanglée au monito mais elle me permet 3 temps pendant le travail, libérée de toutes entraves et que je passe sur le ballon. Ces moments me font un bien fou. Je gère vraiment mieux comme ça.

Dans l’après-midi (les heures sont flous mais vers 14h je pense), la sage-femme perce la poche des eaux ce qui fait parti du protocole de déclenchement. Une vraie piscine olympique là-dedans! À partir de là, ouch… Les contractions sont très difficiles à encaisser couchée sur le dos. On me met sur le côté un moment, je m’y sens un peu mieux mais l’homme doit tenir les capteurs du monito… Au bout d’un moment je demande la péri. Je n’en peux juste plus et de toutes façons avec des jumeaux on me fera le forcing pour la mettre. Je pense qu’elle est posée vers 16h ou 16h30 je ne sais plus exactement. Dans la douceur cette fois et dosée juste comme il faut. Je peux bouger mais la sensation douloureuse est partie. Vers 17h30, 18h environ elle revient en force. Je sais que c’est parce que la fin approche. Je reconnais l’engagement dans le bassin. Les mêmes douleurs que pour ma fille. La sage-femme vérifie et oui le premier commence à s’engager. Très vite ça me donne envie de pousser. Ma sage femme pense que c’est un peu tôt et en fait en vérifiant elle me donne raison mais je vais devoir attendre un peu, la pédiatre est occupée à côté et elle doit être dispo pour l’expulsion des jumeaux.

Enfin la gynéco entre et c’est parti. C’est très «intimiste» et c’est génial. Juste la sage-femme, la gynéco et une auxiliaire de puériculture. Le «renfort» est dehors. J’aime vraiment cette maternité. Je retrouve exactement la même sérénité que pour la naissance de ma fille. Sacha est là très rapidement. 2 ou 3 poussées je crois. Il est tout dodu, plein de vernix encore. Je suis choquée de la rapidité de sortie. Je voulais me mettre sur le côté mais je n’en ai même pas eu le temps. Après contrôle échographique la gynéco se rend compte que Côme (qui était en siège) s’est mis en transverse. Parait que c’est classique. Le deuxième bébé, tout stupéfait d’avoir tant de place dans le bidon de maman, en profite pour expérimenter quelques figures. Et c’est là que la gynécologue a utilisé une manœuvre appelé « grande extraction ». J’ai eu un peu la sensation d’être à l’étable un court instant. Dr A est donc parti chercher le pied de bb2 pour le tirer et le sortir avec l’aide d’une poussée de ma part. Ça parait barbare? Ça l’est et en général les bébés n’aiment pas ça… Surprenant non? Bb2 est né avec un APGAR à 3. Pour les néophytes ça veut dire qu’il ne respirait pas et ne bougeait quasi pas. Ils l’ont bien sur emmené de suite et là c’est les minutes les plus longues de notre vie. Mais en fait c’est un chef ce gamin car un petit coup de ventilation au masque et c’était reparti.

Voilà. Naissance le 26 mars 2014 à 19h01 et 19h04. Deux bébés en pleine forme. Deux futurs tétouilleurs professionnels.

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Photographie privée, svp ne pas reproduire

Je suis sur mon petit nuage. Au sens figuré comme au sens propre. Je me sens m’enfoncer comme dans du coton. En fait je suis en train de faire une hémorragie du post-partum. La gynécologue gère ça très bien mais je me suis fait peur quand même. La sage-femme est honnête. Après une journée de contraction artificiellement dirigée par l’ocytocine de synthèse, mon utérus a fait la grève et ne se contractait plus du tout. La faute au déclenchement donc.

Si je devais faire le bilan de ces deux naissances (voir « ma sage-femme, cette fée qui m’a tout appris ») je dirais qu’elles ne respectaient surement pas toujours la physiologie mais en tout temps, on a respecté mes demandes. On ne m’a forcée à rien. Et je remercie vraiment cette maternité d’avoir fait de l’arrivée sur terre de mes enfants des moments de calme et de douceur. Mais j’aurais peut-être fait des choix différents si on m’avait réellement expliquée les tenants et les aboutissants de mes choix et si on m’avait proposé des alternatives pour palier. Et je pense réellement que –en toute objectivité- la place d’une doula dans le parcours de la grossesse et de l’accouchement est vraiment très importante. Parce que même si on possède les connaissances, même si on nous propose des moyens naturels pour palier, les hormones, la fatigue, la douleur nous font parfois oublié ce qu’on veut vraiment. Une doula peut veiller à tout ça. Elles ont tout à fait leur place et la mérite.

Laure Bizard alias Maman Ours de Côme, Sacha et Nora

C’est ici pour lire le récit de la naissance de Nora


* Notez qu’il n’y a pas de lien direct entre l’image d’Amalgame Photographie et le récit d’accouchement.


Merci à mon amie Laure pour ce merveilleux récit! Tu es la bienvenue pour écrire à nouveau via le blog et partager avec nous sur l’allaitement, le maternage, l’éducation Montessori et tout le reste! 

signature MamanRebelle