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Étiquette : Prématurité

Être le parent d’un prématuré

Être le parent d’un prématuré

Être le parent d’un prématuré,

 

C’est être à côté de son enfant, tous les jours, et de le voir se battre pour sa vie,

C’est ne pas pouvoir le prendre dans ses bras pour le consoler quand il souffre,

C’est être séparé de lui toutes les nuits et de le laisser aux soins des infirmières,

C’est de craindre, chaque nuit, l’appel de l’hôpital où nous annoncera le pire,

C’est se réveiller la nuit pour appeler l’hôpital, juste pour prendre des nouvelles,

C’est tirer son lait pour son bébé aux 3 heures de jour comme de nuit,

C’est assister à ses multiples épisodes de désaturation et de bradycardie,

C’est voir le personnel médical s’attrouper autour de notre bébé quand ça ne va pas bien,

C’est voir un autre couple pleurer car il vient de perdre son bébé ou d’apprendre une mauvaise nouvelle,

C’est voir notre bébé se faire ré-intuber alors qu’on était en train d’enlever l’oxygène,

C’est être transférer d’urgence vers un autre hôpital parce qu’il a attrapé le pire virus qu’un prématuré peut avoir,

C’est voir le personnel médical impuissant face à certaines situations,

C’est être en état de panique et craindre que notre bébé meure et en faire des cauchemars nuit après nuit.

Être le parent d’un prématuré | Cocoon Bien Naître

Mais c’est aussi …

 

Lui parler et lui chanter des chansons à travers l’isolette,

c’est la voir réagir au son de notre voix,

c’est le bonheur de retrouver notre bébé à tous les matins,

c’est lui changer la couche et prendre sa température à l’heure des soins,

c’est faire de belles rencontres et échanger avec des parents qui vivent la même situation que nous,

c’est rencontrer une équipe médicale merveilleuse qui s’occupe de notre bébé comme si c’était le sien.

Chaque jour est critique et inattendu au NICU, on vit des hauts et des bas, mois après mois, avec de belles victoires et de nombreux échec,

La vie de notre bébé ne tient qu’à un fil.

Tel un funambule, elle peut basculer d’un bord ou de l’autre à tout moment.

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Julie Charbonneau, maman de Laura née à 24 semaines de grossesse


L’ensemble des articles du blog peut être reproduit et partagé dans un but non lucratif. Merci de toujours inscrire les noms et prénoms de l’auteur ainsi que la source cocoonbiennaitre.com lorsque vous partagez.

Accompagnante à la naissance

Naître à 24 semaines de grossesse

Naître à 24 semaines de grossesse

Il y a exactement un an, je ne connaissais pas la journée mondiale de la prématurité. Ce que je connaissais jusqu’alors c’était l’anxiété et la peur de te perdre, mon petit bébé. Naître à 24 semaines de grossesse. 

17 novembre 2015

 Ça fait 35 jours que je suis alitée à l’hôpital et que mon utérus se contracte et saigne sans cesse.

Ça fait 35 jours que je suis à risque de te perdre à n’importe quel moment et qu’on se bat ensemble pour aller plus loin dans la grossesse.

Tantôt on me parle d’un placenta prævia, tantôt on me parle d’un décollement placentaire. On m’a même suggéré l’avortement. Il n’y a rien de très clair et on ne sait pas le sort que nous réserve l’avenir. Mais tous sont unanimes, on ne se rendra pas à terme. J’arrive à 23 semaines de grossesse. Chaque jour, chaque heure et chaque minute est un long et dur combat.

Je me suis réveillée le 12 novembre, pour une énième fois, en hémorragie et en contractions. Mais ce matin-là, c’était plus fort et plus douloureux. Le médecin m’examine et me dit : appelle ton conjoint, tu accoucheras aujourd’hui! À ce moment-là, je n’entendais plus rien. Notre monde venait de s’écrouler. Je savais que si j’accouchais maintenant, je te perdais.

On s’est accroché l’une à l’autre et on a décidé de continuer

Papa et grand-maman se relaient à notre chevet parce que l’angoisse est rendue trop grande pour rester seules. J’ai tellement peur de te perdre! En ce 17 novembre, si j’accouche, tu n’as aucune chance de survivre. J’attends avec anxiété notre transfert vers un centre pouvant accueillir les bébés comme toi, extrêmes prématurés. Chaque minute est rendu un cauchemar et je ne sais pas combien de temps nous pourrons encore l’endurer.

Le lendemain, on m’apprend qu’une place nous attend à l’hôpital général juif de Montréal. Le transfert en ambulance s’est bien passé et mon anxiété a baissé d’un cran. Je suis entre de bonnes mains et je me sens un peu plus en confiance pour pouvoir poursuivre cette aventure. Mais j’ignore alors qu’un nouveau choc m’attend dès notre arrivée à l’hôpital.

Au cours de mon examen médical, le médecin me dit : il n’y a presque plus de liquide amniotique. Ça y est, c’est terminé, il y a peu de chance que tu t’en sortes… Depuis combien de temps tu ne baignes plus dans ton liquide? J’en ai aucune idée, j’ai tellement perdu de sang! Ou était-ce plutôt du liquide amniotique?

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23 semaines et 1 jour de grossesse

On me parle de 30 % de chance de survie. Et dans quelles conditions? Tout se bouscule dans ma tête. Papa m’a rejoint rapidement, il est aussi paniqué que moi. On doit faire des choix, là, maintenant : césarienne, interventions ou non, etc. On a attendu de rencontrer l’obstétricienne et le néonatalogiste pour y voir un peu plus clair. Heureusement, Ils nous ont rassurés et nous ont même dit que tu pouvais vivre encore plusieurs semaines sans liquide. Mais il fallait absolument se rendre le plus loin possible. Wow! C’est encore possible? Quelle merveilleuse nouvelle! Ouf! Une chose de moins sur laquelle angoisser…

On est prêt à aller au front, tassez-vous de là! Pis on pourra prendre d’autres décisions plus tard, selon ton état de santé à l’accouchement. Nous n’avons aucune idée de ce qu’est la prématurité, mais pour moi l’important c’est ta survie, pour le reste, on verra plus tard.

Les jours suivants furent plus difficiles

Plus ça va et plus je sens que mes réserves physiques et mentales s’amoindrissent. J’ai reçu des injections de Bétaméthasone pour aider la maturation de tes poumons? J’ai passé ma nuit à recevoir du sulfate de magnésium pour la protection de ton système nerveux. Les contractions, elles, sont de plus en plus fortes et de plus en plus fréquentes. Ton petit cœur commence à avoir des moments de faiblesse.

23 semaines et 6 jours de gestation

23 novembre 2015. Ce fut la journée la plus difficile de notre combat avant ta naissance. Je me sens à bout de force. Sera-t-on capable de poursuivre? Combien de minutes, combien d’heures, combien de jours de plus?

Je finis malgré tout par m’endormir paisiblement cette nuit-là, me donnant un petit regain pour poursuivre cette lutte.

Le calme avant la tempête…

Contractions douloureuses – j’appelle l’infirmière – monitoring – cœur de bébé décélère – on appelle le médecin – échographie – gros hématome derrière le placenta – césarienne dans 30 minutes –

j’appelle mon conjoint …

Ça pousse – je rappelle l’infirmière – sensation de quelque chose qui lâche – on rappelle le médecin – examen vaginal – dilatée à 8 cm

Changement de shift!

L’infirmière qui m’a écoutée pleurer ma vie la veille vient de réapparaître, je m’accroche à elle comme à un petit ange.

Transfert en salle de chirurgie – le médecin tient bébé pour pas qu’il sorte – mon corps s’engourdit – plus capable de bouger – rien ne se passe

Où est le père? Veux-tu qu’on te fasse une césarienne? 

Bébé est à moitié sorti, faites ce que vous pensez qui est le mieux …

On l’endort – Où est le père? Ton bébé s’en sortira pas d’une manière ou d’une autre, on va pousser!

Pour qui elle se prend pour me dire que mon bébé s’en sortira pas, mon bébé est vivant,  je le sais c’est moi la mère!

Je pousse, c’est une fille, soulagement!

Voilà les souvenirs de mon accouchement… Ma fille Laura est née à 7 h 55, le matin du 24 novembre 2015 à 24 semaines de grossesse. Elle pesait 615 g et elle était bien vivante. J’étais maintenant la maman d’une très grande prématurée et j’allais comprendre pendant les mois qui suivirent ce que cela signifiait.

A partit de là ce fut SON combat qui commença pour vivre et respirer. Je ne pouvais que l’aimer et l’accompagner. Comme tous les très grands prématurés, ses premières secondes, ses premières minutes et ses premières heures furent critiques. On ne savait pas si elle allait vivre ou pas.

Les premiers jours puis les premières semaines

Laura a passé 124 jours au NICU (Neonatology Intensive Care Unity) puis 148 jours à l’hôpital avant de pouvoir rentrer à la maison. Il s’est passé 12 heures avant que je puisse la voir pour la première fois, 24 jours avant qu’elle ouvre les yeux, 26 jours avant que je puisse la prendre dans mes bras, 44 jours avant que je puisse la prendre pour une deuxième fois, 45 jours intubée respirant à l’aide d’un ventilateur avant de respirer par elle-même et 58 jours avant de prendre mon sein pour la première fois.

Aujourd’hui, le 17 novembre 2016

En cette journée mondiale de la prématurité, je suis fière d’avoir mené cette bataille avec toi Laura, ma petite prématurée. Ça fait maintenant 42 jours qu’on t’a enlevé ton oxygène, ça fait maintenant 1 semaine que tu bois presque exclusivement au sein et qu’enfin maman ne tire plus son lait, tu commences à manger solide tout seule, tu rampes maintenant sur le ventre et commence à explorer le salon, tu ris aux éclats aux simagrées de ta sœur et tu fais aller ta main en disant tata. Pour nous, c’est une victoire.

Je connais encore parfois l’anxiété et la peur de te perdre, mais maintenant je sais ce que c’est d’être la maman d’une petite prématurée et j’en suis très fière. Ce n’est pas facile, c’est un dur combat, ça prend de la force et du courage, mais surtout beaucoup d’amour.

À tous les parents qui le vivent en ce moment, ne lâchez pas! Vous êtes courageux et plein de ressources enfouies au plus profond de vous. Et vos petits combattants sont plus forts qu’on le pense.

À toutes les infirmières, à tous les médecins, ainsi qu’à toute l’équipe qui a pris soin de Laura, je vous en serai éternellement reconnaissante. Vous faites de réels petits miracles dans notre vie!

Julie Charbonneau, fière maman de Laura née à 24 semaines de grossesse

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Accompagnante à la naissance

Allaiter un bébé prématuré : à quoi s’attendre?

Allaiter un bébé prématuré : à quoi s’attendre?

Allaiter un bébé prématuré, c’est possible ! Cependant, le chemin vers la réussite ne sera pas facile. Persévérance, détermination et patience seront de mise. Plusieurs obstacles se dresseront entre votre désir d’allaiter et la faisabilité du geste. Je vais vous dire d’emblée que cette histoire est la mienne et que mon cheminement est personnel. Cependant, de nombreuses mamans de bébés prématurés se reconnaîtront dans mon parcours.

Il y a trois ans, j’ai donné naissance à mon premier fils. J’en étais à 33 semaines de grossesse…. C’est en affrontant les difficultés une à une que nous (lui et moi) avons réussi un allaitement d’un an ! Voici notre histoire. Voici à quoi on peut s’attendre quand on décide d’allaiter un bébé prématuré.

Avec le tire-lait, une relation amour-haine tu entretiendras

Commençons par le début. Toute histoire d’allaitement commence évidemment par la naissance de votre enfant. Dans le cas d’un bébé prématuré, oublions tout de suite le beau moment de peau à peau et le nouveau-né qui cherche instinctivement le sein de sa mère. Les premiers pas en allaitement se feront avec un tire-lait !

Effectivement, les petits bébés prématurés n’ont pas encore le réflexe de succion bien développé ni l’énergie nécessaire pour téter au sein. Il faudra donc tirer du lait pour qu’il lui soit donné par gavage.

C’est ainsi que 72h après mon accouchement cauchemardesque, une infirmière bête comme ses pieds a roulé un tire lait dans ma chambre d’hôpital.  Je ne parle pas de ces petits appareils que l’on peut se procurer dans les magasins grandes surfaces pour bébés. Non. Je parle d’une machine ! Avec des boutons de réglage pour la vitesse ainsi que pour la puissance de succion. Avec un piston qui va et vient dans un bruit de grand vent ! CHH CHH CHH CHH ! Bref, cet engin faisait son apparition devant mon visage interrogatif. Avec une explication hâtive, l’infirmière nous a remis un kit bien emballé avec des tubulures et plusieurs pièces détachées à assembler, puis elle est partie nous laissant seuls avec la machine.

Mon conjoint et moi, perplexes, avons fini par assembler les pièces du casse-tête. J’étais donc là, assise sur le bord du lit, la plaie de césarienne brûlante, avec des cônes sur les seins reliés à une impressionnante machine. Ce n’est pas vraiment l’idée que l’on se fait d’un allaitement. Je n’aurais jamais imaginé non plus me montrer ainsi devant mon conjoint… On est bien loin de Mahée Paiement qui clame que ‘’l’allaitement, c’est glamour ! ‘’

Notre fils de 3 livres avait besoin de lait et celui de sa maman était le meilleur que l’on puisse lui offrir. À la guerre comme à la guerre, nous activons la machine. Personne ne nous a expliqué ce qui est supposé se passer quand on commence à tirer du lait. Nous nous attendions à quelques gouttes. Rien ne se passait. Mon conjoint a donc tourné les roulettes au maximum ! Et moi, j’étais là, à endurer la douleur. Avec une telle succion, mon utérus cicatrisé se contractait fortement et le bout de mes seins étaient pratiquement mauves ! Mais, il fallait que ça sorte ! Rien ne se passait.

Alors, nous avons recommencé l’exercice aux heures. Quelques ridicules gouttes sont finalement sorties après un certain temps. L’infirmière de l’unité néonatale nous avait dit qu’il fallait lui apporter tout ce que l’on réussissait à obtenir. Mon conjoint s’est donc précipité au chevet de notre fils avec les quelques millilitres du précieux liquide ! J’avais si mal, mais nous étions fières ! Enfin du lait ! Arrivé à l’unité néonatale, mon conjoint tend le tube à l’infirmière avec espoir que notre bébé puisse recevoir les quelques gouttes. Elle regarde le tube et lui dit que c’est un début, mais que ce n’est pas suffisant pour être recueilli. Puis, elle jette alors le contenant dans la poubelle sous le regard figé de mon conjoint. Elle aurait jeté un lingot d’or à la poubelle qu’il n’aurait pas été plus ébahit…

Et c’est ainsi que commence ma longue relation avec le tire-lait. Ennemis au début, on l’apprivoise peu à peu et on se motive du mieux qu’on peut. On se remémore que c’est ce qu’il y a de meilleur pour notre enfant. Le lait maternel est particulièrement important pour les prématurés chez qui les intestins ne sont pas encore matures et prêts à se nourrir. Et c’est ce que l’on se répète à chaque rendez-vous galant avec ce foutu tire-lait…

Tous les jours, aux 3 heures, pendant de longues semaines…

 

La première tétée, courte elle sera

Viendra ensuite le moment tant attendu de la première mise au sein. Dans mon cas, mon fils avait 2 semaines. Il aurait été rendu à 35 semaines de gestation si tout c’était bien déroulé. Cette première tétée n’a rien d’intime car l’aide d’une infirmière est nécessaire pour s’installer et pour superviser. Bébé est relié à plusieurs fils et capteurs alors nous ne sommes pas libres dans nos mouvements. On m’installe donc bébé dans les bras, les seins à la vue de tous.

Malgré tout, j’étais émue et j’essayais de nous créer une petite bulle d’amour bien à nous. J’essayais d’ignorer le bruit des machines, les incubateurs autour, les autres parents au chevet de leur enfant et tous les employés qui s’affairaient dans la pièce. Mes yeux étaient rivés sur ce petit homme. Il s’est bien accroché au sein et il a immédiatement tété sans trop de difficulté. Et c’est parti ! Un gros deux minutes… c’est là que l’on comprend que ces petits êtres s’épuisent très rapidement.

Une tétée au sein représente un effort colossal et s’ensuivra un gros dodo. Les prochains boires devront être donnés par gavage pour que le bébé récupère de cet effort suprême. Le deuxième sein ? On l’oublie. Bonjour Tire-lait ! Encore moi ! La mise au sein se fera donc graduellement et lentement. Il y aura des hauts et des bas. Il y aura des journées ou bébé sera trop épuisé pour une mise au sein et il y aura d’autres jours ou tout semblera progresser.

 

Les biberons, tu ne pourras pas éviter

A moins d’être 24 heures sur 24 au chevet de son enfant, il sera difficile (même impossible !) de donner tous les boires au sein. Le bébé est hospitalisé mais pas la maman. Bien souvent, il n’y a donc pas de chambre pour elle ou celle offerte sera partagée avec plusieurs autres parents. Pour se reposer et reprendre des forces, il faudra aller à la maison. Se laver, manger et garder un bon moral sont aussi importants pour surmonter l’épreuve de la prématurité. Quand maman n’est pas à l’hôpital, le bébé recevra donc un biberon ou un gavage.

Une autre situation dans laquelle le biberon sera un incontournable est dans le cas des bébés de faible poids. Le lait maternel au naturel contient 20 calories. Les médecins voudront aider le bébé de faible poids à grossir plus rapidement. Une poudre sera alors ajoutée au lait maternel afin de le rendre plus calorifique. Grace à cela, le bébé pourra recevoir du lait contenant 22, 24 ou même 26 calories ! Cette procédure requière donc que le lait soit tiré et non offert directement au sein.

D’autre part, les biberons offerts aux bébés prématurés sont à débit rapide. L’idée derrière cela est de ne pas les épuiser en tétant. Pas fou ces petits enfants ! Pourquoi s’épuiser à boire au sein alors qu’au biberon ça coule sans effort ? Bref, il faudra si faire.

La confusion sein-biberon pourrait s’ajouter au lot d’obstacles à surmonter.

Une baisse de production, tu subiras

Bon, ça n’arrive pas à tout le monde, évidemment. Mais cette situation est fréquente chez les mamans allaitantes de bébés nés avant terme. Cette baisse de production est très facile à expliquer. Le stress, le manque de sommeil, les inquiétudes, une vie sociale inexistante, les allers-retours quotidiens à l’hôpital… ce sont là des facteurs qui n’aident en rien une production lactée.

On va aussi se le dire, un tire-lait, ce n’est pas un bébé ! La motivation n’est pas la même. La relation et le contact physique de la mère avec son enfant sont inexistants. De plus, la machine ne va jamais chercher une quantité aussi importante qu’un bébé le ferait. Ainsi, la baisse de production lactée pointe son nez alors que l’appétit du bébé, lui, va en augmentant.

La meilleure chose à faire est de consulter une conseillère en lactation afin d’établir un plan d’action. Des stimulations plus fréquentes (à un moment, j’étais aux heures), regarder la photo de son enfant en tirant du lait, sentir un morceau de vêtement porté par bébé, faire des points de pression à certains endroits dans le dos, prendre des produits naturels comme du fenugrec et du chardon béni… et si ces trucs ne donnent pas de résultats satisfaisants, viendra la prescription de Dompéridone.

Ce médicament, à la base, sert à traiter des problèmes intestinaux, mais il a pour effet secondaire d’augmenter la production de lait. J’ai donc avalé ces deux petites pilules blanches trois fois par jour. Mon corps a très bien réagi et ma production a explosé ! C’est seulement à ce moment-là que j’ai réalisé à quel point ma production était minime depuis le début. Dans mon cas, la Dompéridone a sauvé mon allaitement. Mais puisqu’il s’agit d’un médicament sous ordonnance, il fait toujours en discuter d’abord avec un médecin pour s’assurer que cette solution est adaptée à votre situation.

Le retour à la maison, la salvation ce sera

Après six longues semaines passées à l’hôpital, mon petit amour a ENFIN reçu son congé. À ce moment-là, mon fils recevait uniquement du lait maternel mais en alternance entre le sein et le biberon. L’intimité, l’autonomie et le confort vont de pair avec le retour à la maison. Les fils des machines ne nous gênent plus. Le silence et le calme peuvent enfin envelopper la mère et son enfant lors des mises au sein.

Encore une fois, il faudra être patiente. Tout ne sera pas rose parce qu’on arrive à la maison. Mais on pourra y aller à notre rythme. Je mettais mon bébé au sein le plus possible et quand ça n’allait pas très bien, je lui offrais un biberon de lait tiré. Ce n’est qu’au bout de plusieurs semaines qu’un bel allaitement ‘’normal’’ et confiant a pris place. La pression est enfin levée.

Pour certaines, le retour à la maison ne sera pas suffisant pour poursuivre l’allaitement. Et c’est correct ! La salvation, pour elles, viendra du fait de se donner le droit d’arrêter sans crainte d’être jugée par le corps médical des unités néonatales. Quoi qu’il en soit et quelle que soit l’issus, à la maison, nous redevenons maîtres de nos décisions et de notre parentalité.

Tes limites, tu fixeras

Pour conclure, j’ai envie de vous dire que l’allaitement d’un prématuré est un parcours ardu et que c’est à vous de fixer nos limites. Ce sera assez quand vous aurez décidé que c’est assez !

Pour moi, offrir mon lait à mon bébé était la seule chose qui me faisait sentir ‘’maman’’. J’avais l’impression que c’était la seule chose sur laquelle j’avais de l’emprise pour l’aider. Les infirmières s’occupaient de lui et lui prodiguaient des soins, mais MOI, j’étais la seule à pouvoir le nourrir ! Chacun verra l’allaitement à sa manière.

Avec un enfant prématuré, il y aura plusieurs batailles à livrer et c’est à vous de choisir lesquelles ont de l’importance et pour lesquelles vous avez suffisamment d’énergie. Votre santé mentale, votre énergie et votre bonheur comptent également. J’ai vu plusieurs mamans cesser l’allaitement pour toutes sortes de raisons et elles sont toutes valables. Peu importe ce que vous choisissez, assumez vos choix et surtout, acceptez-les. Les excuses, les remords et la culpabilité n’avancent à rien. Nous savons toutes que c’est l’amour pour votre enfant qui vous guide. Et c’est ça l’essentiel d’être maman…

Catherine de Montigny

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Pour en savoir plus sur les bienfaits de l’allaitement pour un bébé prématuré,

je vous invite à lire cet autre article : Lait maternel, précieux or blanc pour les prématurés.


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Plongée dans l’aventure de la prématurité

Plongée dans l’aventure de la prématurité

J’ai eu la chance d’avoir 3 magnifiques grossesses. Mes accouchements ont aussi été merveilleux, sans stress, sans péridurale, j’aurais pratiquement pu les accoucher seule dans un champ de patates!!

Ma 4e grossesse s’est  »bien passée » quoique très différente des 3 autres. J’ai eu des maux de cœur constants, mal au dos, de la fatigue extrême etc. Rien d’extraordinaire, ni rien pour m’empêcher de fonctionner, mais quand même… Ça ne ressemblait en rien à ce que j’avais déjà vécu. Faut dire que j’ai vécu mes 3 premières grossesses dans ma jeune vingtaine et que cette fois-ci j’avais dépassé les 30 ans fatidique!!

Forte de ma triple expérience de grossesse/accouchement/allaitement parfaite je ne faisais que raconter ces belles histoires à mon amoureux, qui lui, le vivait pour la première fois. J’étais convaincue que tout allait se passer de la même façon.

GROSSE ERREUR!!!

A 29 semaines (Semaines d’Aménorrhée), je me suis rendu à mon hôpital pour cause de perte d’un liquide qui n’était pas de l’urine. 

Le Doc. pas trop inquiet puisque le premier test est négatif, me fait le test de Fugère (mignon comme nom hein !), me dit qu’il revient dès qu’il a les résultats. Convaincue que j’ai rien de grave, je recommence à m’habiller pour retourner chez moi (Y’é quand même 1 heure du matin).  Le jeune médecin ouvre la porte de la salle d’examen toute grande, en grosse panique et me dit: « NON! Toi tu t’en va à MTL ! Tu perds du liquide amniotique » et il referme la porte!

Figée sur place, je regarde mon amoureux qui me demande: « Ça veut dire quoi ça?!»  Et moi de lui répondre: « J’en ai aucune idée ».

Me voilà plongée dans l’aventure de la prématurité. On m’a accueillie à Ste-Justine à bras ouverts, avec la douceur d’une maman, l’oreille d’une meilleure amie et les informations d’un savant fou.

Les spécialistes m’ont expliquée tout ce qui arriverait à Ma Mini puce si elle arrivait à ce moment-là. Ils m’ont dit qu’ils feraient tout pour qu’elle reste au chaud le plus longtemps possible, que si elle se rendait jusqu’à 34 semaines, elle serait forcée de naitre pour la protéger des infections.

Mais surtout on m’a expliqué que la meilleure chose que j’allais pouvoir faire après sa naissance c’est de lui donner mon lait. Pour moi, ça allait de soi! Je l’avais fait pour son frère et ses deux sœurs, pourquoi pas pour elle?

Ma Mini est née à 30 semaines, elle respirait seule (nous avons été très chanceux). Mon « Petit paquet de 3 livres » n’avait aucun problème de santé à part qu’elle était arrivée trop tôt et qu’elle devait prendre du poids.

1h après sa naissance catastrophique, les infirmières sont venues me voir avec un tire-lait. Un énorme moteur sur roulette qui allait les aider à nourrir ma fille. Parce que voyez-vous, à 30 semaines (SA), Miss Mini n’avait pas encore acquis la succion. Elle devait être gavée!

Alors, me voilà, en larme, les bras vides, mon chum anxieux x 100000, en train de me faire  »traire » le colostrum pour donner à Ma Mini. Je nous vois encore récolter, avec des seringues sans aiguilles, chaque goute de ce précieux liquide et courir les porter en néonatalogie.

J’ai tiré mon lait aux 3 heures avec le moteur sur roulette pendant les deux jours de mon hospitalisation. Dès ma sortie je suis partie en louer un, que j’allais toujours trainer avec moi au manoir Ronald MC Donald (Merci McDo pour l’hébergement presque gratuit!!), chez moi les week-ends, quand j’allais faire le plein d’énergie auprès de mes 3 grands enfants trop inquiets pour leur petite mini sœur.

À toutes les 3 heures, mon lait était extrait (Oui Oui c’est comme ça que je le vivais) pour aider ma fille à grandir. Mon lait était enrichi puis donné par gavage au moyen d’un tube qui passait par son nez jusque dans son estomac.

J’ai trouvée affreusement difficile de ne pas pouvoir lui donner le sein. Il me manquait cette proximité magique que procure l’allaitement.

Puis vers 3 semaines de vie, Miss Mini a commencé à montrer des signes de faim. Elle se tétait les poings et les lèvres!!!

J’ai donc commencé la mise au sein. À ce moment-là, j’étais convaincue que tout allait fonctionner comme avec mes autres amours. Oooooh que j’étais loin de m’imaginer à quel point ça allait être difficile pour nous deux…. Miss Mini n’avait pas assez d’énergie pour téter longtemps, je devais donc être patiente et donner le sein un peu, puis compléter avec son gavage. Certain jour, elle ne voulait rien savoir, elle n’ouvrait même pas la bouche. Ces jours-là, elle était donc gaver et je partais tirer mon lait en pleurs. Je ne comprenais pas pourquoi quelque chose de si naturel ne fonctionnait pas! Je détestais tirer mon lait, je me haïssais de ne pas être capable de nourrir ma fille, je détestais le petite tube de gavage qui la nourrissait à ma place.

Puis Miss Mini a atteint 35 semaines. Plus éveillée, elle avait une meilleure succion et nous avons enfin réussi un allaitement nutritif. J’ai tout de suite adoré ce mot: NUTRITIF!!! Je venais de nourrir ma fille!!!

Bien sûr, ce n’était pas gagné. Nous avons eu de la difficulté à s’adapter. J’ai pleuré, elle a pleuré, on m’a offert de lui donner un biberon pour voir…pour voir si c’était plus facile et dans un moment de faiblesse ou de lucidité j’ai dit OUI! Étrangement ce biberon nous a beaucoup aidées. On dirait qu’elle a compris le principe et  j’ai pu souffler un peu.

Je suis donc retournée chez moi avec Miss Mini lorsqu’elle avait 7 semaines de vie. Je lui donnais le sein et des biberons de mon lait enrichi en calorie pour l’aider à prendre du poids.  Enfin installées chez nous, dans nos choses, nous avons développé une complicité lors des allaitements.

J’ai réussi à lui offrir la même chose que son frère et ses sœurs. Ce moment magique, exclusif, qu’est l’allaitement. Miss Mini a profité de ces moments jusqu’à 6 mois, journée où elle a décidé qu’elle ne voulait plus de ce dernier boire que je gardais que pour le plaisir. Elle a préféré les biberons que tout le monde pouvait lui donner, elle a préféré pouvoir passer ces moments magiques, exclusifs, avec tous ceux qu’elle aime. Papa, Tit homme, Miss D et Miss A, ils en ont tous profité pleinement et moi aussi.

En tout, J’ai tiré mon lait aux 3 heures le jour et aux 6 heures la nuit, pendant 7 semaines. 7 semaines d’enfer ou j’ai détesté mon incapacité à nourrir ma propre fille. 7 semaines à arrêter tout ce que je faisais pour extraire mon lait et le donner par un bout de plastique. 7 semaines à traîner mon tire-lait partout, à courir la nuit dans les corridors du Manoir pour aller porter mon lait dans le congélateur, à pleurer parce que j’aurais donc voulu que ce soit simple.

Le fait est qu’un bébé prématuré n’est pas simple. Rien ne sera comme prévu avec un bébé né trop tôt. Rien ne se passe dans les normes avec un tit’ bébé pressé. L’important c’est de trouver nos normes, notre façon de faire, de fermer nos yeux et arrêter de vouloir être comme tout le monde. Parce qu’avec un mini préma, plus rien ne sera comme tout le monde.

J’ai donné tout ce que je pouvais à Ma petite Mini. Mon énergie, mon temps, mon lait et j’en suis fière! Cette expérience m’a fait comprendre que l’important pour nos bébés est vraiment notre présence. Rien ne doit être pris pour acquis et que chaque maman vit l’allaitement différemment. L’important est de NOURRIR notre enfant!

Miss Kaz


Crédit photo à la Une Amalgame Photographie. Notez que le témoignage et la photo de Amalgame Photographie non pas de lien entre eux.

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Lait maternel, précieux or blanc pour les prématurés

Lait maternel, précieux or blanc pour les prématurés

Avez-vous déjà entendu cette expression : l’or blanc, pour désigner le lait maternel?

Par définition selon Le Larousse, l’or est ce qui a un mérite exceptionnel, un grand prix, une grande valeur. Si on associe l’or au lait maternel, nous pouvons donc affirmer que l’allaitement a un mérite exceptionnel, une grande valeur! Et nous les femmes, avons ce grand pouvoir unique de produire du lait.

Le lait maternel, précieux pour les bébés malades ou prématurés!

Bien sûr, le lait maternel a une grande valeur pour tous les bébés.  Il est le premier aliment du nouveau-né. Il assure un lien avec la mère et il est spécialement adapté pour la survie de l’être humain. Si vous parlez à une mère ayant accouché d’un bébé malade ou prématuré, elle vous dira assurément à quel point l’expression «or blanc» prend tout son sens lorsque nous parlons de lait maternel!

Un nouveau-né qui a des difficultés à respirer comme un prématuré ou un grand prématuré ne pourra pas boire au sein, sera peut-être gavé ou encore aura besoin d’un soluté pendant quelque temps. La survie de ce petit être dépend des soins qu’on saura lui prodiguer. Néanmoins il y une chose que la médecine ne pourra jamais égaler pour sauver un nouveau-né malade : le lait maternel.

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Estel et papa née a 34 5/7 et 4 lbs. Allaitée exclusivement depuis sa naissance. Maman tire son lait pour compléter chaque allaitement avec une séance de DAA. (comme sur la photo). Estel a aujourd’hui 6 mois

 

Le colostrum pour réduire les risques infectieux

Le colostrum, produit dès la naissance, avant que survienne la montée laiteuse, va aider le nouveau-né à faire face au monde non-stérile dans lequel nous vivons. Il est composé d’une très grande quantité d’immunoglobulines qui serviront d’anticorps pour protéger le bébé. Saviez-vous que la mère qui accouche prématurément produit encore plus d’anticorps que celle ayant accouché à terme? Ces immunoglobulines vont permettre à l’enfant d’avoir, si on peut le dire ainsi, une couche protectrice qui va tapisser son intestin, réduisant les risques d’infections de toutes sortes mais notamment l’entérocolite nécrosante, une infection souvent mortelle chez les enfants prématurés.

L’allaitement prolongé pour diminuer les ré-hospitalisations

Poursuivre l’allaitement à plus long terme va permettre de diminuer le nombre d’hospitalisations durant la première année de vie et la gravité des infections des voies respiratoires ou encore des gastro-entérites pour ne nommer que ceux-la. Quand on sait que les enfants prématurés sont plus sujets à être malade, on peut dire que non seulement le lait maternel leur a sauvé la vie mais aussi, leur sauve bien des visites aux urgences!!

L’allaitement pour établir un lien d’attachement

Au delà des p’tits miracles immunologiques du lait maternel, celui-ci permet d’aider à établir le lien mère/enfant. Bien qu’elle ait porté son enfant comme n’importe qu’elle autre mère, le lien avec son bébé ne se fera peut-être pas aussi facilement que si elle avait accouché à terme et cohabité avec celui-ci. Souvent dès la naissance, il y a séparation pour offrir les premiers soins à l’enfant. Le lien  d’attachement est parfois plus difficile à établir étant donné la séparation précoce. La mère qui ne peut pas mettre son enfant au sein mais doit tout de même entretenir une production de lait.

Pendant l’hospitalisation d’un nouveau-né, une chose reste unanime, l’expression du lait maternel permet d’avoir un lien (en or!) qui unit mère et bébé. Nous parlons ici d’une maman qui prendra son tire-lait plusieurs fois par jour, le nettoiera, entreposera méticuleusement son lait pour que celui-ci soit donné par gavage à son petit bébé précieux. Cette maman sera dans l’attente du jour où enfin il pourra prendre le sein et où ils vivront ensemble un moment d’allaitement comme elle l’avait imaginé.

A la recherche de l’or blanc

Néanmoins, il y a des hauts et des bas. Pour certaines, le tire-lait n’est pas suffisant pour arriver à exprimer les quantités de lait dont bébé a besoin. Quand l’or blanc n’est pas tout aussi abondant qu’il faudrait pour assurer la survie de son petit être, alors là, l’urgence de la productivité se fait sentir. Chaque goutte devient importante, chaque expression de lait devient un défi.

Quand tous les efforts ne suffisent plus, les chercheurs d’or blanc doivent se tourner vers la mine pour récolter ailleurs, les autres mamans allaitantes.

Nous avons la chance inouïe au Québec de maintenant pouvoir compter sur la banque de lait d’Héma-Québec. Celui-ci est récolté, analysé, pasteurisé et distribué dans les unités néonatales partout dans la province. Savez-vous qu’avec une seule bouteille de 100 ml fourni par Héma-Québec, nous pouvons nourrir jusqu’à deux à trois grands prématurés pour toute une journée? Bien sûr au début, ils n’ont besoin que d’une petite quantité.

Donnez votre lait pour sauver des vies

Alors mamans allaitantes du Québec qui avez la chance de faire assez d’or blanc pour votre enfant, si vous pouviez exprimer un peu de lait et le donner à Héma-Québec. Personnellement, je trouve parfois difficile d’exprimer du lait car je dois le faire pendant que mon enfant tète sinon rien ne sort. Mais quand je pense à ces petits bébés qui en ont tant besoin, à ces mères qui sortent leur tire-lait au moins huit fois par jour, je me dis que je peux bien le faire au moins une fois dans la journée.

Je vous encourage à donner votre lait. Ce n’est qu’un petit geste mais soyez assurée qu’il sauvera beaucoup de vies.

Marie-Ève Loiselle,  Infirmière et IBCLC au CHU Sainte-Justine

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Un grand merci aux mamans qui ont partagé ici leurs photos et leur histoire.

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Accompagnante à la naissance | Cocoon Bien Naître

Témoignage : Je n’ai pas eu le temps de m’écœurer de ma bedaine

Témoignage : Je n’ai pas eu le temps de m’écœurer de ma bedaine

Y a des gens qui surfent sur la vie sans problème apparent, qui vivent les hauts et les bas avec la même sérénité. Qui ont foi que ça peut juste aller mieux. Pas moi. Moi je suis du type extra-anxieux. Je n’ai pas foi en la vie. Non pas que je ne veux pas, même que j’aimerais bien : ça me faciliterait tellement les choses. Je n’y peux rien, je suis faite comme ça. Aucun travail sur moi n’ai venu à bout de mon penchant à voir toujours le pire.  Pour contrer ça, je dompte mes peurs en prévoyant tout, en contrôlant mon quotidien, en me contrôlant moi-même. Je ne laisse rien ou si peu au hasard.

J’ai fait la même chose avec ma grossesse. Surtout après avoir déjà vécu une fausse couche à 12 semaines. En  plus, à la première grossesse comme pour la deuxième, il a fallu travailler fort pour qu’un fœtus veuille bien ‘’coller’’ comme on dit! Un petit quatre ans. Quatre ans à se demander si ça va nous arriver un jour.  Puis finalement ça arrive. Le bonheur….presque. S’il fallait perdre ce deuxième bébé, comment je survivrais? Un  douze semaines d’angoisses qui commencent. Docteur, est-ce qu’on pourrait avoir un stéthoscope branché en permanence sur son petit cœur s’il vous plait. Ça me rassurerait tellement. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, je franchis ces 12 semaines critiques sans encombre. Bébé s’accroche, il est là pour rester, « c’t’un tough ».

Malheureusement pour moi, un médecin m’apprend qu’on peut faire une fausse couche jusqu’à 20 semaines. Ça m’en prend pas plus pour embarquer en mode anxiété, en comptant les jours jusqu’à 20 semaines. On me conseille de profiter de ma grossesse…J’essaie, J’essaie. Il me semble que ce serait plus facile si j’avais LA certitude que ça va bien aller jusqu’au bout. Finalement j’y arrive. Une fois passée la vingtième semaine, je frotte ma bedaine qui est maintenant bien ronde avec tendresse, en promettant à mon bébé de toujours faire le mieux pour lui.

Mon monde s’écroule avant d’avoir pu m’écœurer de ma bedaine. Vous savez ces derniers mois avant l’accouchement durant lesquels on se sent comme une baleine, qu’on fait pipi 25 fois par jours mais que juste s’asseoir et se relever de la toilette est un exploit. Ceux durant lesquels on se fait dire de se reposer pendant que c’est encore le temps mais qu’on ne dort pas la nuit. Je parle à travers mon chapeau, ces mois-là, je ne les ai jamais vécus. Je n’ai aucune idée comment on se sent avec une bedaine gigantesque et des pieds éléphantesques. 

À 30 semaines de grossesse, lors de mon rendez-vous de routine, on m’envoi à l’hôpital le plus proche pour des examens approfondis. On soupçonne une pré-éclampsie, protéines dans les urines et haute pression. « Madame à partir de maintenant on considère que vous pourriez accoucher n’importe quand ». Ok et le bébé? « Monsieur pour l’instant on va se concentrer à sauver votre femme, on verra après pour le reste ». Parce que c’est dangereux une pré-éclampsie, le corps réagit mal au placenta, il se détraque complètement. Le foie, les reins, la formule sanguine, la pression, le sang envoyé vers le bébé via le cordon, tout se dérèglent. Dans les pires cas, on voit des convulsions, et dans le temps de nos grands-mères : la mort.

Un enfant sur 10 nait prématurément. Pré-éclampsie, incompétence du col, décollement placentaire, infection, etc. Peu importe la raison, on n’est jamais prêt pour ça et ça fou en l’air tous les beaux projets de frottage de grosse bedaine en extase devant les mouvements de bébé, ceux d’accouchement naturel dans l’eau sans péridurale, aussi ceux de bébé qui revient à la maison après 2 jours, faire dodo coller avec ses parents dans le calme de son chez soi.  Finalement, on vit plutôt des moments d’angoisse à savoir si bébé va être correct et surtout vivant à la naissance.

Une fois que s’est passé, on vit des moments  d’angoisse à surveiller le moniteur et à sursauter à chaque apnée et désaturation. Devant notre petit bébé, minuscule, qu’on ne peut plus protéger, dans la boite en plastique qui est devenue sa maison, sa bedaine. On se sent démuni, inadéquat, si proche et si loin à la fois, surtout les soirs quand on dort à la maison sans son bébé.

C’est là qu’on se dit, et se fait dire, qu’avec un enfant on ne peut rien contrôler. Faut faire confiance, laisser aller, profiter de ce qui passe. Autour de nous, il y a des bébés qui vont mieux, d’autres qui vont très mal. Il y a surtout des parents qui comme nous vivent de grands moments d’angoisse, d’inquiétudes mais aussi de joie et de bonheur. L’unité néonatale devient notre seconde maison, on y créait des liens uniques, temporaires parce que circonstanciels.

On apprend à s’occuper de notre prématuré d’abord, de notre bébé ensuite. Il faut faire attention, elle est fragile et tellement petite : 2.6lbs à la naissance. Elle maintient mal sa température, est hypersensible aux stimuli. Normal, elle devrait être dans mon ventre bien chaud et douillet. On fait du peau à peau aussi souvent que possible mais pas trop non plus, ses réserves d’énergie sont minces. On l’économise. Et puis, ce n’est pas simple avec tous ses fils qui la relient au moniteur, son tube de gavage, son CPAP* pour l’aider à respirer, ses lunettes de soleil pour protéger ses yeux des rayons UV des lampes anti-jaunisse. Un bébé téléguidé comme disait papa.

Durant tout ce temps, un souhait peut encore se réaliser avec un peu de volonté, celui de l’allaitement maternel aux seins. Cette chose à laquelle je tenais tant et que j’imaginais si simple, instinctive, innée. Alors dès le lendemain de la naissance, je tire mon lait. Fatiguée, en douleur, rien ne m’arrête. Je me réveille aux trois heures, sort l’attirail et exprime les quelques millilitres de colostrum que mes seins acceptent de produire sans l’aide d’une petite bouche. Je franchis les quelques mètres qui me sépare de mon bébé, de peine et de misère, pour apporter mon lait à son infirmière. Ça fait mal une césarienne.

 Il semblerait que certaines femmes n’arrivent pas à produire de lait avec un  tire-lait, faute de contact physique avec bébé entre autre. Heureusement, je n’ai pas ce problème. En moins de 2 semaines, je produis deux onces par sein et par tirage, aux trois heures nuit et jour. Je me fais une belle réserve!

Quand vient l’heureux moment des mises aux seins, que bébé va bien, maintient sa température, ne fait plus trop de désaturation, les choses se corsent. Bébé a de la difficulté à prendre le sein, tète mal. Manque de succion. On tient bon, on essaie une fois par jour. Les jours, puis les semaines passent sans amélioration malgré l’aide des infirmières et d’une consultante en lactation. On y arrive finalement avec une téterelle. Après quelques essais quotidiens, je me dis que c’est le grand moment : On coupe les gavages et passe à l’allaitement exclusif. Attention, c’est difficile à gérer pour les seins, il donne à la demande du tire-lait en ce moment pas à la demande du bébé! Tout un ajustement.

Finalement mon monde s’écroule pour une deuxième fois après 72 heures d’allaitement. Bébé est déshydraté, épuisé. Elle n’en peut plus, n’arrive pas à se nourrir suffisamment, perd beaucoup de poids, ça lui demande trop d’énergie. On repasse aux gavages. Fini le sein…pour l’instant.

Je tiens bon encore quelques jours d’essais plus ou moins fructueux. Un allaitement au sein par jour, elle va bien. Plus souvent, elle perd du poids. Elle a maintenant 38 semaines et est encore gavée pour pratiquement tous ses repas. Elle va super bien à part ça. L’alimentation est la seule chose qui nous sépare de son congé. Elle doit être capable de se nourrir autrement que par gavage! À contre cœur, je lui donne son premier biberon….en pleurant. Je pleure encore plus en réalisant que ce n’est pas plus facile pour elle! Diagnostique : Trouble de l’alimentation. Il semblerait que ça arrive assez souvent chez  les grands prématurés. Ils sont gavés depuis leur naissance, ne savent pas reconnaitre les signes de faim et de satiété, sont habitués de se nourrir sans effort.

Pour la garder éveillée lors des boires, on la met en couche, on lui chante des chansons, on la berce, on se promène, etc. Aller ma puce t’es capable, maman et papa veulent que tu viennes à la maison. On y arrive de peine de de misère après deux semaines, durant lesquelles maman continue de tirer son lait en se demandant combien de temps elle va tenir à travailler en double. Bébé boit aux 2-3 heures, maman tire son lait aux 3 heures. Non seulement les nuits sont courtes mais la gestion du temps déjà difficile avec un nouveau-né se complique.

J’ai réessayé à plusieurs reprises de la mettre au sein au retour à la maison. Elle arrivait à téter une fois de temps en temps principalement au boire du soir, elle tétait pendant 1 heure.  Les autres boires, elle tétait 2-3 minutes et ne voulait plus rien savoir. J’ai essayé de compléter au biberon, je trouvais ça beaucoup trop exigeant : 10 minutes de seins, 30 minutes de biberon, 20 minutes de tire-lait aux 2-3 heures. En plus, elle faisait de la confusion sein/tétine.

Aujourd’hui, j’écris ce texte alors que ma puce à 9 mois d’âge réel. Je n’ai pas encore arrêté de tirer mon lait. J’ai diminué à trois fois par jour, la semaine dernière. Je retourne travailler dans moins de trois semaines. Je ne suis pas capable de faire le deuil de mon allaitement, ça été si longtemps la seule chose que je pouvais faire pour elle. Je sais que je lui ai donné le meilleur durant ce temps. Si vous m’aviez dit que je me rendrais jusque-là il y a 9 mois, je ne vous aurais pas cru.

Si j’avais un conseil à donner aux mamans qui passent par-là : Écoutez vos limites et celles de votre bébé.

Si j’avais un conseil à donner aux autres mamans : Ne jugez pas trop vite les mamans qui donnent le biberon.

PS. Toutes les mamans sont extraordinaires, à leur façon – xxx –

Marie-Josée Forget

 

Je tiens à remercier chaleureusement Marie-Josée pour avoir partager avec nous ces moments difficiles afin d’encourager les mamans qui sont dans la même situation.


*CPAP : La ventilation en pression positive continue, ou en anglais CPAP (pour Continuous Positive Airway Pressure), est un mode de support ventilatoire (ou respiration assistée) permettant de traiter certains troubles respiratoires. Elle permet d’améliorer les échanges gazeux et de diminuer le travail des muscles respiratoires.


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signature Maman Rebelle

Témoignage de Marie-Claude : Bébé née à 25 sem (SA), jamais sans mon tire-lait!

Témoignage de Marie-Claude : Bébé née à 25 sem (SA), jamais sans mon tire-lait!

D’aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours voulu allaiter mes bébés… Et j’ai été comblée! J’ai donné le sein à cinq d’entre eux et c’était vraiment le bonheur! J’adorais ce contact peau à peau, j’étais convaincu de leur donner le meilleur aliment au monde et en plus, pas de préparation de biberon ou de formule de lait et pas de nettoyage!!!! J’allaitais partout: en auto, au resto, en visite, au centre d’achat, à l’hôpital… Sans gêne et sans me cacher non plus!

Enceinte de mon sixième enfant, j’avais le même scénario en tête, mais cela ne se passerait pas comme ça…

Ce fut une grossesse difficile parsemée d’embûches! Cerclage du col à 15 semaines (d’aménorrhée – SA), présence de bactéries dans le liquide amniotique vers la 17 ième semaine (donc traitement avec antibiothérapie intraveineuse) et enfin, rupture prématurée des membranes à 21 semaines…

Un gynécologue-chercheur du CHUL s’occupera de moi et de ma puce avec un traitement d’amnioinfusion jumelée à une antibiothérapie intraveineuse solide et prolongera ma grossesse jusqu’à 25 semaines et 4 précieux jours!

Au lendemain de mon accouchement ce fameux docteur me disait: « J’espère que tu vas lui donner ton lait! ». Il m’expliquera à quel point ce lait est important pour ma très grande prématurée! C’est sûr que je vais lui donner mon lait…!!! Je ne savais pas encore ce qui m’attendait à ce moment-là…

J’ai commencé dès lors à stimuler mes seins afin de recueillir ce précieux liquide… Mais sans succès, il n’y avait rien ou presque!

Une conseillère en allaitement est arrivée et m’a rassurée. Le fait que j’ai allaité de nombreux bébés avant, avec une bonne production, c’était certain que j’en produirais pour Emmanuelle, me disait-elle.

J’étais calmée.

Je séjournais au Manoir et empruntais donc le fameux tire-lait tant convoité que me prêtait l’établissement! Le jour c’était le tire-lait de la petite salle du 24 en néonat. et la nuit c’était celui du Manoir. Mon existence était attachée à ces deux endroits! Le jour c’était pas si pire, mais la nuit je voulais mourir! J’avais littéralement l’air d’un zombie dans les corridors pour ceux qui me voyaient me traîner jusque dans le fameux petit garde-robe abritant le tire-lait. Et c’était pas vraiment mieux lorsque je me retrouvais à la cuisine survoltée de lumière pour laver toute la quincaillerie!!

 Mes souvenirs romantiques sur mes allaitements passés venaient de sombrer, à pic!!!

Le lendemain, je m’achetais un tire-lait. Pas n’importe lequel, le meilleur, car ça allait durer longtemps cette routine-là me disais-je alors… Et c’était bien vrai! Et en plus, ça m’a pris de la Dompéridone. Parce que quand t’accouches à 25 semaines et bien ton corps y sait pas que c’est le temps de produire du lait!!!

Et c’est comme ça que les jours, les semaines et les mois se sont succédé !

Emmanuelle a survécu, pas sans misère, avec les soins des docteurs et le lait de maman. J’étais tantôt chez-moi quelques heures pour y voir mes autres enfants et mon mari (domicile à 2h30 de route du CHUL), tantôt sur la route la nuit pour revenir à toute vitesse au chevet de ce si petit bébé adoré, toujours divisée en deux, mais jamais sans mon tire-lait! Je l’ai même oublié, une fois, lors de mon départ de chez-moi vers Québec! J’ai dû rebrousser chemin pour lui et allonger ma route d’environ 1h30! Je rageais!!

Et puis un jour, vers 11 semaines de vie,  j’ai enfin pu penser la mettre au sein cette si petite puce! Les docs me donnaient le feu vert.

Elle était habile pour téter et avait une bonne coordination pour avaler-respirer. C’était le rêve. Mais ça n’a pas duré longtemps… Elle n’engraissait pas assez! Alors on a dû recommencer avec les biberons de lait maternel enrichi, compter les ml bus, donner le reste en gavage, sans oublier de tirer le lait, de laver le foutu tire-lait et donner le sein au travers de tout cela.

À l’hôpital ça pouvait aller même si c’était ardu, mais à la maison le scénario est vite devenu épuisant! J’ai poursuivi cette routine jusqu’à ses 10 mois de vie. J’étais très heureuse de faire tout cela pour elle, elle allait vraiment bien côté santé, mais s’alimenter complètement par elle-même c’était une toute autre histoire et j’étais vraiment fatiguée! J’ai trouvé ça dur de ne pas pouvoir l’allaiter comme je l’ai fait pour les autres, mais c’est ça son histoire. Et c’est tout de même une sacrée belle histoire!  Une puce d’amour, née à 25 semaines, qui comble notre famille et qui s’en sort plus que bien! WOW!!!

Mais j’aime encore l’allaitement! Je n’ai pas perdu cela malgré tout ce que j’ai vécu avec Emmanuelle et j’espère que je pourrai m’y adonner prochainement, avec un septième enfant! Pourquoi pas!!!!

Marie-Claude Campagna, maman d’Emmanuelle née à 25 SA,  Anne-Élisabeth (14 ans), Dorothée (13 ans), Olivier (12 ans), Sophie (11 ans),  Gabriel (7 ans).

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Emmanuelle née à 25 SA (sem. d’aménorrhée) et sa maman Marie-Claude – Photographies privées, reproduction interdite.

Je tiens à remercier particulièrement Marie-Claude pour avoir partager son histoire ! Être maman d’un bébé né prématurément c’est comme être sur un très long parcours semé d’embûches …

Si comme Marie-Claude, vous souhaitez partager votre vécu, n’hésitez pas à me contacter sur ma page Facebook !

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