Accouchement, je me sentais observée, jugée et non respectée dans mon intimité #smar2016 #violenceobstetricale

Accouchement, je me sentais observée, jugée et non respectée dans mon intimité #smar2016 #violenceobstetricale

girl-1149933_960_720.jpg

Je suis une jeune mère dans la vingtaine, en couple, avec deux enfants et présentement enceinte de X semaines. J’habite la région de l’Abitibi-Témiscamingue. J’ai vécu une agression sexuelle dans le passé. Cela me rend encore aujourd’hui craintive et très peu à l’aise face à des situations où je dois me retrouver nue ou être examiné.

Mes deux premiers accouchements se sont déroulés à l’hôpital avec un médecin et ce sera la même chose pour celui à venir (ce n’est pas par manque d’intérêt envers les sages-femmes, l’accouchement à domicile ou en maison de naissance, c’est simplement que ce choix ne s’offre pas à moi, puisqu’il n’est pas disponible dans ma région à mon grand regret.) Mes suivis de grossesses ont été faits dans des unités de médecine familiale, par des médecins en formation, supervisés par ceux qui ont de l’expérience. Je garde un très bon souvenir de mes suivis médicaux, je trouve que les jeunes médecins sont très consciencieux et respectueux. Malgré mon malaise pour les examens gynécologiques je n’ai jamais ressenti un quelconque geste inapproprié ou de jugement de leur part.

Lors de mes deux accouchements, les médecins qui m’avaient suivi n’étaient pas disponibles (ce qui arrive régulièrement étant donné leurs horaires et le nombre de personnes qu’ils doivent suivre). J’ai donc été accouchée par des médecins que je ne connaissais pas et par les infirmières présentes.

Mon premier accouchement a été comme c’est souvent le cas le plus long. J’ai eu recours à l’épidurale, ce qui a retardé le travail. Mon col ne dilatait plus et les contractions étaient intenses et difficile à supporter pour le cœur de bébé. Si je ne dilatais pas rapidement on m’a dit que je devrais aller en césarienne d’urgence. Le médecin, qui était une jeune femme, était douce et très rassurante. On m’a préparée pour me « descendre » en césarienne, mais finalement au dernier moment un examen du col à montrer que j’étais complètement dilatée. Le médecin m’a dit que si j’en ressentais le besoin je pouvais pousser. Après quelques poussées, une épisiotomie et l’utilisation des ventouses (pour aider à faire sortir le bébé plus vite à cause de son petit cœur fatigué), bébé était dans mes bras. Je ne me souviens pas m’être sentit mal à l’aise, j’étais confiante vis à vis du médecin et des deux infirmières qui étaient encourageantes. Il n’y a pas eu de va et vient de personnel. On me laissait tranquille pour pousser,  on m’encourageait ou on faisait silence.

Mon deuxième accouchement ne s’est pas passé comme le premier. Lorsque je suis arrivée à l’hôpital je sentais parfaitement que le travail avait commencé mais le doppler ne captait pas mes contractions. Je ressentais des contractions, mais mon col n’avait travaillé que d’1 centimètre. J’étais ouverte à 3 cm depuis mon dernier rendez-vous chez le médecin et désormais ouverte à 4. On me retourna donc chez moi en me disant que c’était peut-être un début de travail, mais peut-être que non et que je ne semblais pas sur le point d’accoucher. Chez moi les contractions ne diminuèrent pas. Elles étaient régulières et aux 3-4 minutes. Je retournai donc à l’hôpital moins de 2h plus tard pour me faire dire que j’étais ouverte à 8 cm et que j’accoucherais sur le champ. Je devais recevoir un soluté pour le streptocoque et je n’ai pas eu le temps de l’avoir. J’ai vécu cet accouchement dans un grand stress. J’étais paniquée, on m’a installé rapidement, j’avais peur des conséquences de ne pas avoir eu le soluté. Je n’avais pas le choix de l’épidural et on ne me disait rien pour me rassurer. Une infirmière lâchait des petits commentaires comme  »c’est pas ton premier tu devrais savoir comment faire » et  »tu n’as pas l’air de pousser bin bin » ou encore  »Si tu fais pas plus d’effort va falloir donner un médicament pour augmenter les contractions  » J’ai refusé mais on ne semblait pas vraiment m’écouter. Finalement je n’en ai pas eu parce la suite a été rapide. Il y avait beaucoup de va et vient autour de moi, je me sentais observée, jugée, regardée par plein de personnels qui changeaient souvent. On m’a maintenu les jambes écartées. Je voulais qu’on arrête de me toucher. Cet accouchement m’a paru beaucoup plus difficile que le premier et m’a rappelé de mauvais souvenirs. Je ne me souviens même pas de la personne qui m’a accouché tellement il y a eu des va et vient de personnel dans la chambre. Je ne me sentais pas respecter dans mon intimité et je n’aimais pas la position dans laquelle j’étais placé à la vue de tous et me faire dire des commentaires désobligeants. Heureusement cet accouchement a été rapide (pour une fille qui ne  »poussait pas bin bin »), ça a duré une vingtaine de minute, complètement naturellement sans coupure ou ventouses, ni rien. Une fois le bébé dans les bras tout allait mieux, J’ai réussi à me calmer. J’étais soulagée que tout soit finit.

J’ai commencé à allaiter mon bébé, mais rapidement on m’a dit qu’il fallait me transférer à ma chambre et je n’ai pas pu finir la tétée. Ce fut malheureusement la dernière prise de sein de mon bébé. Par la suite je n’ai jamais réussi à le remettre au sein malgré les conseils des infirmières qui me montraient les positions et etc. Bébé se reculait, pleurait et n’agrippait pas le sein. J’ai dû tirer mon lait et lui donner à la seringue. Avoir sût que cette tétée serait la dernière, j’aurais insisté pour qu’on me laisse la terminer en paix avant le transfert de chambre.

Aujourd’hui à nouveau enceinte, j’ai appris l’existence des maisons de naissances et des sages-femmes. Je me suis renseignée parce que j’aurai vraiment voulu vivre un accouchement à domicile. Je trouverais ça très rassurant d’être dans mon environnement, avec une sage-femme que je connaîtrais déjà et m’ayant suivi durant la grossesse, sans va et vient, sans que je sois touchée contre mon gré et sans transfert de chambre. Je voyais l’accouchement à domicile comme apaisant et intime, dans un environnement calme et paisible, sans pression. Toutefois en faisant mes recherches j’ai vu que ce n’était pas disponible dans ma région, ce qui m’a bien déçue.

J’ai peur de revivre le stress de mon dernier accouchement, j’ai peur de ne pas réussir à allaiter à nouveau. Ici, après l’accouchement les femmes sont dans des chambres communes de 4 mamans. Imaginez un peu avec les papas et la visite! Il n’y a que de minces rideaux séparant les lits des mamans qu’on tire lorsqu’on allaite, lors des changements de serviettes hygiéniques ou la vérification des points du suture, etc.  Avec mon vécu, je ne me sens ni à l’aise ni en  »sécurité » derrière de minces rideaux pour couvrir ma nudité face à des inconnus. Je débourserai sans doute le coût pour une chambre privée, mais même en en faisant la demande on m’a expliqué que cela ne veut pas dire qu’il y en aura de disponible si la maternité est achalandée ce jour-là. Je suis donc dans l’incertitude et légèrement anxieuse face à ce nouvel accouchement. Je prévois apporter des tabliers d’allaitement ce que je trouve un peu compliqué à la naissance avec un bébé qui ne sait pas encore prendre le sein mais je ne serai pas à l’aise autrement en chambre commune.

J’ai rédigé un plan de naissance expliquant ces inquiétudes et ce que j’aimerais avoir comme accouchement, je sais cependant que certaines choses ne seront pas possible en milieu hospitalier et que je devrai m’en accommoder.

Anonyme


Merci à cette maman d’avoir partagé avec nous ces difficiles moments. 

Si vous aussi, vous avez vécu des choses difficiles pendant votre accouchement et que vous avez eu l’impression de ne pas être respectée, n’hésitez pas à laisser votre témoignage dans les commentaires.


L’ensemble des articles du blog peuvent être reproduits et partagés dans un but non lucratif. Merci de toujours inscrire les noms et prénoms de l’auteur ainsi que la source www.cocoonbiennaitre.wordpress.com lorsque vous partagez.

signature fond bleu

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *